Jeudi 13 décembre 2018

Surréalistes et nouveaux réalistes

130 tableaux de la collection Matarasso sont dispersés par Me Briest

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 22 septembre 2000 - 695 mots

Francis Briest mettra en vente, le 27 octobre à l’hôtel Dassault, 130 tableaux provenant de la collection de Jacques et Madeleine Matarasso. Libraire-galeriste, installé à Nice en 1940, amateur passionné des avant-gardes, le collectionneur a réuni un ensemble d’œuvres allant des surréalistes aux nouveaux réalistes. Parmi elles, des toiles de Nicolas de Staël et Yves Klein, acquises à une époque où ces artistes étaient encore méconnus.

PARIS - “Sur Picasso, tout a été dit. Mais lorsque je le vis pour la première fois à Paris, avant la guerre, dans son atelier de la rue de La Boétie, ce fut quand même un moment de grande émotion pour un garçon de 20 ans de se trouver en face du géant de la peinture du XXe siècle, dont les yeux vous transperçaient, explique Jacques Matarasso. Après la guerre, je le retrouvai à Vallauris avec Françoise Gillot et ses deux enfants, Paloma et Claude tout petits. Enfin, je lui rendis visite à Cannes, à ‘La Californie’, cette fois avec son épouse, Jacqueline. C’était un homme merveilleux, sans façons, facétieux et chaleureux avec les gens qu’il aimait.”

Les rencontres ont été déterminantes dans la constitution de la collection d’œuvres modernes et contemporaines de Jacques et Hélène Matarasso. La plupart d’entre elles ont été acquises ou reçues au gré des amitiés avec des artistes, alors pas ou peu connus. Ainsi de Nicolas de Staël rencontré pendant la guerre à Nice où le collectionneur a ouvert, en 1941, une minuscule librairie, baptisée, “Vers et prose”. Réfugié sur la côte d’Azur, il rend visite tous les jours à Jacques Matarasso avec lequel il discute peinture. En 1942, il lui apporte un pastel qu’il vient d’exécuter, Composition (130-150 000 francs) que le libraire-collectionneur lui achète aussitôt, devenant ainsi un de ses premiers acheteurs. En 1943, de Staël lui offre une huile sur toile, Composition, Nice, (1,5-2 millions de francs). “J’avais été plusieurs fois chez lui et il avait été très touché de trouver un admirateur de son travail, personne ne s’intéressant à lui à ce moment. C’est un cadeau magnifique que j’essayai en vain de refuser. Il me quitta en disant :  ‘Nous nous reverrons quand je serai célèbre.’ Il tint parole puisqu’il vint dîner à la maison en 1953, après sa triomphale exposition à New York à la galerie Knoedler. Soirée merveilleuse !” À Nice, il reçoit aussi la visite de Magnelli, Arp, Sonia Delaunay, Atlan, Magritte et Hans Hartung.

En 1952, il est l’un des tout premiers à acheter une œuvre – une grande toile abstraite – à Arman ; en 1957 il s’intéresse à l’œuvre d’un presque inconnu, Yves Klein, auprès duquel il acquiert un monochrome, IKB 175, pigment bleu sur toile ( 800 000-1 million de francs), “représentant le bleu le plus pur, le bleu absolu”. Sa passion pour le Surréalisme remonte aux années trente, époque à laquelle il rencontre dans la librairie de son père, rue de Seine à Paris, Aragon, Éluard, Breton et Tzara.
Les premières toiles qui composent sa collection lui ont été données avant la guerre. En 1938, Valentine Hugo lui offre un dessin d’Yves Tanguy, Tous les loisirs de la vapeur au chevet du grand oranger (40-60 000 francs). En 1939, Paul Éluard lui donne un petit tableau de Marx Ernst, Oiseau dans sa cage (400-600 000 francs).

Des expositions dans sa librairie-galerie
À partir des années soixante il organise des expositions dans sa librairie-galerie prêtant ses cimaises à des artistes de l’École de Nice comme Claude Gilli et Bernar Venet en 1964, puis à des gravures, affiches et lithographies de Chagall en 1977, 1982 et 1987.

La vente composée de 130 tableaux comprend une majorité d’œuvres sur papier dont un dessin à l’encre de Picasso de 1960, Personnage de profil (350-450 000 francs), une aquarelle de Jean Dubuffet datant de 1958 dédicacée “Au bon petit Pierre Sorlier, son ami l’apprenti lithographe”.
On remarquera aussi une gouache de Magritte de 1934, L’échelle du feu (500-700 000 francs) et un relief en carton de Jean Arp de 1942, Configuration (100-150 000 francs) acquis en 1950. Ils ont été exécutés au moment où Jean Arp et sa femme Sophie Taeuber-Arp étaient réfugiés à Grasse, pendant la guerre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°111 du 22 septembre 2000, avec le titre suivant : Surréalistes et nouveaux réalistes

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