Ventes publiques

Arts décoratifs

La Collection Balkany s’en sort avec les honneurs

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 27 septembre 2016 - 808 mots

Malgré un contexte difficile, la dispersion de la collection de l’homme d’affaires menée conjointement par Leclère et Sotheby’s a rapporté 13,3 millions d’euros.

PARIS - Ce furent finalement Sotheby’s et la maison de ventes Leclère (Marseille), en association, qui avaient été choisis par Marina de Balkany pour disperser la collection de son père, Robert Zellinger de Balkany (1931-2015), probablement la collection la plus importante en art ancien mise sur le marché depuis quinze ans. Cet homme d’affaires averti – il est à l’origine des premiers centres commerciaux en France – a rassemblé dans l’hôtel de Feuquières, situé rue de Varenne à Paris, quantité de meubles et œuvres d’art ancien. « Nous avons décidé de faire dossier commun avec Sotheby’s et, à la suite de longues négociations, nous avons remporté la mise. Le vendeur a été séduit par notre stratégie : puisque la collection incarne le goût français, autant la vendre à Paris avec la possibilité de voir les objets in situ lors de la Biennale des antiquaires », a expliqué Damien Leclère, commissaire-priseur.

Cette étape franchie, encore fallait-il que les acheteurs se mobilisent. Or, la désaffection pour le mobilier ancien à laquelle est venue s’ajouter l’affaire des faux meubles XVIIIe siècle (lire le JdA no 460, 24 juin 2916) pouvait laisser craindre le pire. Pourtant, le résultat n’a pas déçu, avec un total de 13,3 millions d’euros, au-dessus de l’estimation basse fixée à 10,3 millions. Le marché n’a pas non plus boudé les nombreux lots passés récemment sous le feu des enchères comme la paire d’armoires à médailles dont l’une, exécutée par André Charles Boulle, adjugée 699 000 euros (estimation 600 000 € à 1 M€), avait été achetée en 2013 chez Christie’s Londres. « Cette vente avait valeur de test. Le pourcentage de 95 % de lots vendus est un signal très fort pour le marché des arts décoratifs et des tableaux anciens », a commenté Damien Leclère. En effet, sur les 131 lots proposés dans cette vacation du soir, 124 ont trouvé preneur, à l’instar de la pièce phare, un cabinet en pierres dures réalisé à Rome vers 1620, dont la provenance faisait rêver. D’abord propriété du pape Paul V Borghese, le cabinet a été acquis par le roi Georges IV pour le château de Windsor puis installé au palais de Buckingham vers 1840. Le Getty Museum de Los Angeles n’a pas hésité à en faire l’acquisition, par téléphone, après une âpre bataille d’enchères pour 2,5 millions d’euros, dans la limite de l’estimation haute.

Autre succès, une horloge musicale, datée vers 1740, par Charles Clay a été adjugée 867 000 euros, soit plus de trois fois son estimation haute (250 000 €) ; elle viendra enrichir les collections du Museum van Speelklok d’Utrecht. L’horlogerie était l’une des grandes passions de Robert de Balkany. Sur la vingtaine de pendules proposées à la vente, « les prix sont en dent de scie puisqu’elles n’étaient pas toutes du même niveau », a souligné Brice Foisil, directeur du département mobilier et objets d’art chez Sotheby’s.

Quelques déconvenues et un retrait
Selon Damien Leclère, 80 % des lots se sont vendus dans la fourchette de l’estimation ou au-dessus de l’estimation haute. « Dans le cadre d’une vente de collection, c’est aussi le jeu, certains objets compensent les autres. Les vendeurs nous font confiance : ils voulaient vendre cette collection, y compris les pièces pour lesquelles il y avait moins d’intérêt. » C’est le cas notamment de la Bataille de Lépante, attribuée au Tintoret, partie à 315 000 euros (est. 300 000 à 500 000 €). Exemple plus flagrant encore, le Portrait de George, baron Goring, par Van Dyck, a été adjugé à 195 000 euros, soit bien en dessous de son estimation (250 000 à 400 000 €). « Plusieurs prix de réserve étaient inférieurs à l’estimation basse », a confié Brice Foisil. Quant au Portrait de la comtesse de Carnarvon, toujours par Van Dyck – l’une des pièces majeures de la collection après le cabinet –, il est resté invendu (est. 800 000 € à 1,1 M€). Autre déconvenue, une pendule « au Jour et la Nuit » en ébène, marqueterie d’écaille et de laiton, par Boulle, a été retirée de la vente au dernier moment par la famille (est. 300 000 à 500 000 €). Pour autant, même si le total de la vacation est inférieur à l’estimation haute (17 M€), « le résultat de cette vente peut être analysé comme un très grand succès par l’ensemble du marché, marchands et collectionneurs compris vu le contexte peu favorable », a commenté un connaisseur du marché.

* Toutes les estimations sont indiquées hors frais acheteur tandis que les résultats sont indiqués frais compris.

Collection Robert de Balkany

le 20 septembre
Total : 13,3 M€
Estimation : 10,3 à 17,1 M€
Nombre de lots vendus : 124 sur 131 (95 %)

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°464 du 30 septembre 2016, avec le titre suivant : La Collection Balkany s’en sort avec les honneurs

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