Il était une fois Groussay

Une collection estimée 100 millions de francs

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 15 juillet 2008

Face à l’attentisme des pouvoirs publics qui reportent de mois en mois l’examen du projet de loi réformant les ventes publiques et à l’impossibilité pour les maisons de vente anglo-saxonnes, dans l’état de la législation, de vendre en France, Sotheby’s a décidé de s’associer avec l’étude Poulain Le Fur qui mettra en vente « in situ » à Montfort-L’Amaury, du 2 au 6 juin, le contenu du château de Groussay. Sotheby’s assure de son côté la partie logistique et promotionnelle de la vente. Cet exceptionnel ensemble de meubles, objets d’art et tableaux, estimé 100 millions de francs, pourrait constituer la plus importante vente de château française du XXe siècle.

MONTFORT-L’AMAURY - Construit en 1815, le château de Groussay est depuis 1939 la propriété des Beistegui, grande famille basque espagnole qui a fait fortune au Mexique au début du XIXe siècle en exploitant des mines d’argent. Aménagé par Charles de Beistegui (1894-1970) à partir de la fin des années trente avec l’aide d’Émilio Terry, le château rassemble une importante collection d’objets d’art ressuscitant le goût néoclassique européen. Ce jeune esthète, alors âgé d’une trentaine d’années, a conçu le château de façon que chacune des pièces soit inspirée d’un style historique différent. La bibliothèque, établie sur deux niveaux reliés par deux escaliers en colimaçon, est sans doute un des lieux les plus impressionnants du rez-de-chaussée. Sur les boiseries d’acajou sont accrochés tableaux et dessins, dont une étonnante huile de José Conrado Roza, actif à Lisbonne à la fin du XVIIIe, Portrait des nains de la reine Marguerite du Portugal (2-3 millions de francs). Le tableau représente un groupe de nains originaires du Brésil et d’Afrique, qui étaient traditionnellement envoyés en cadeau par les gouverneurs des provinces brésiliennes aux souverains du Portugal. Quelques mètres plus loin trônent un relief en bronze doré de Francesco Righetti figurant le pape Pie V, signé et daté 1795 (80-120 000 francs), et un bas-relief en marbre blanc de Gérard Gautier (1723-1795) commémorant le sacre de Louis XVI et son mariage avec Marie-Antoinette (60-80 000 francs). L’allégorie de la France tient un petit amour ailé qui présente les portraits du couple royal. À noter aussi un album de 11 aquarelles de Jean Sorieul (1824-1871) représentant le comte de Morny, ambassadeur de France en Russie, au couronnement de l’empereur Alexandre II (200-300 000 francs). Morny fut envoyé en Russie par Napoléon III, en 1856, pour sceller la réconciliation entre les deux pays. C’est lors de ce séjour qu’il rencontra la jeune Sophie Troubetskoï, sa cadette de vingt-sept ans, qui allait devenir son épouse.

La chasse au lion
Le grand salon bleu en rotonde autour duquel s’articulent toutes les pièces du rez-de-chaussée est meublé d’un bureau plat en bronze doré, époque transition Louis XV-Louis XVI, estampillé J.F. Leleu (1,5-2 millions de francs), sur lequel il est intervenu en tant que restaurateur, dix ou vingt ans après sa création. Le meuble est à rapprocher du travail de René Dubois et du bureau de la Wallace Collection à Londres. Non loin est accrochée La chasse au lion de Jean-François de Troy, une esquisse préparatoire à un tableau exécuté à la demande de la Direction des bâtiments du Roy, en vue d’un cycle sur le thème des chasses exotiques, pour la Petite galerie des appartements de Louis XV à Versailles (400-600 000 francs). Dans ce même salon bleu se trouve un Portrait de Philippe Cayeux et Madame Cayeux par Jean-Baptiste Perronneau (1715-1783). Célèbre sculpteur d’ornements, spécialisé dans les bordures et les boiseries, Cayeux était l’ami de nombreux artistes, dont Perronneau. Au rez-de-chaussée toujours, la galerie Goya, avec ses tapisseries modernes tissées d’après des cartons du peintre espagnol, a été réalisée en hommage à l’Espagne de Charles IV. On y trouve également une paire de grands vases en porcelaine de Vienne à décor de personnages à l’antique (120-180 000 francs), ainsi qu’une statue en biscuit de Henri de Bourbon réalisée à la manufacture de Sèvres par Pierre Sébastien Guersant à la demande du roi Charles X pour l’offrir à la duchesse d’Angoulême (350-500 000 francs). Quelques tableaux anciens ornent les salles à manger : une toile de Juan de la Corte (1597-1660), Fête sur la Plaza Mayor à Madrid, retrace un épisode de la fête du 21 août 1623 pour les fiançailles de l’Infante Marie d’Autriche, sœur du roi Philippe IV, avec le prince de Galles (800 000-1,2 million de francs), tandis qu’une huile de Jean-François de Troy représente Le peintre et sa famille dans un intérieur bourgeois (800 000-1,2 million de francs).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°83 du 14 mai 1999, avec le titre suivant : Il était une fois Groussay

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