Lundi 10 décembre 2018

Art contemporain

Gilles Barbier, coup de chapeau

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 29 mars 2017 - 624 mots

L’ artiste apporte une nouvelle preuve
de sa plasticité cérébrale chez Georges-Philippe & Nathalie Vallois.

PARIS - Gilles Barbier doit avoir l’esprit en forme de chou-fleur. Et plus précisément de chou romanesco. Dit autrement : sa pensée fonctionne selon le modèle et le principe du réseau, de l’arborescence, du foisonnement. Et dans cette tête constamment en éveil, il n’y a pas de place pour les idées usées, comme on le dit des eaux. D’ailleurs, à l’entrée de son exposition, un petit cervelet en résine est présenté avec, insérée en son centre, une bonde d’évacuation de lavabo.

Pour sa neuvième exposition personnelle depuis 1995 à la galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois, ce ne sont pas moins de sept séries et quelque 70 œuvres qui prolifèrent dans l’espace. Lorsqu’on dit que Barbier (né en 1965) travaille beaucoup du chapeau (porté avec des références à la science, à la littérature), preuve en est faite sur l’un des murs où trente dessins sont accrochés à touche-touche sur le thème « Ce qui est sorti du chapeau aujourd’hui ». En l’occurrence aussi bien un poteau de fil électrique japonais qu’une forme abstraite ou un personnage de bande dessinée. Comme sortis d’une boîte à idées. Car la série qui s’apparente à une méthodologie du travail que Barbier dénomme « Machine de production » lui permet une totale liberté et des associations, des télescopages infinis. À l’image même de la diversité de ses réflexions et terrains d’exploration qui caractérisent sa démarche.

« Lettres aux extraterrestres » relève d’une méthode similaire. Elle évoque ici des polyèdres, là du braille pour Martiens, ailleurs des constellations. Des ciels étoilés que l’on retrouve dans la série « Planètes », fruit, elle, d’une méthode de travail que Barbier a intitulée « Vue d’artiste » et qu’il définit ainsi : « C’est ce que l’on fait lorsqu’on ne peut pas représenter un objet. On peut le conceptualiser, le définir avec beaucoup de précision, mais on ne peut pas le photographier, ni le scanner. Alors pour le rendre visible, on demande en général à un illustrateur de donner une forme. » On découvre ici les exoplanètes Gamma Ecliptis ou Gorgona Prime que Barbier, à l’aide de logiciels spécialisés, est allé glaner sur Internet et auxquelles il donne une texture, une couleur, une lumière : un peu de réalité en somme. Mais qui n’est qu’une fiction. Le principe de la « Vue d’artiste » génère également la série les « Hawaiian Ghost », autrement dit des fantômes pourvus de draps aux motifs hawaiiens. De loin, on croit voir des photos tant l’image est nette. Il s’agit en fait de dessins d’une hallucinante précision.

Parmi les multiples ramifications de son travail, l’une d’elles concerne la notion d’« habiter ». Habiter toutes sortes de choses à commencer par son corps. Ici, dès l’entrée, sur la droite, Gilles Barbier a suspendu comme chez un boucher trois gros morceaux de viande en résine sur lesquels il a collé par endroits des petits cubes blancs avec des fenêtres, à l’image de petites maisons. Celles-là mêmes que l’on retrouve sur le mur de gauche, cette fois peintes à l’intérieur de découpes opérées dans des reproductions de tableaux. Sa façon à lui d’habiter la peinture, les paysages et les natures mortes, devenues ainsi plus vivantes.

Côté corps, on pourrait encore évoquer cette grande sculpture, une mâchoire de mégalodon en résine arborant des panneaux tel cet « interdit aux porteurs de stimulateurs cardiaques ». À la fois sas, portique, couloir, tube (digestif), l’œuvre évoque les notions de flux, de passage, de dépossession. Elle est la plus chère de l’exposition, 70 000 euros : un grand écart (légitime par sa taille) avec les plus petits papiers proposés à 2 000 euros. Soit des prix très raisonnables qui n’ont rien… d’une vue d’artiste.

GILLES BARBIER, ARTIST IMPRESSION

Jusqu’au 22 avril, Galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois, 36, rue de Seine, 75006 Paris.

Légende Photo

Gilles Barbier, Ce qui est sorti du chapeau aujourd’hui, 2016, Posca, peinture à la bombe et gouache sur polyester, 84 x 59,5 cm. Courtesy Galerie GP & N Vallois, Paris. © Photo : J.-C. Lett.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°476 du 31 mars 2017, avec le titre suivant : Gilles Barbier, coup de chapeau

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