Mardi 11 décembre 2018

Entretien : Jean-Mathieu Martini

« Je suis intransigeant sur le bon état des tirages »

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 13 avril 2010 - 677 mots

Expert en photographie ancienne
et moderne, codirecteur de la librairie Serge Plantureux, Paris.

Comment avez-vous découvert la photographie ?
J’ai appris la photographie grâce aux cours de Michel Frizot à l’école du Louvre, mais aussi auprès de Serge Plantureux. Ce dernier m’a mis le pied à l’étrier. Il m’a permis de travailler à ses côtés dans sa galerie durant mes études. En 1998, Serge m’a aidé à monter l’exposition de photographies anciennes sur les banlieues « Hors la ville », à Sarcelles [Val-d’Oise]. L’année suivante, je suis devenu son collaborateur, et plus tard son associé.

Vous reprenez aujourd’hui le département de photographies chez Tajan, en tant qu’expert consultant. Comment cela s’est-il fait ?
Rodica Seward, patronne de Tajan, et le commissaire-priseur Elsa Marie-Saint-Germain voulaient relancer les ventes de photographies anciennes chez Tajan. Ce département était resté en suspens depuis le départ, en 2008, de l’expert Serge Kakou. Elsa a sollicité Serge Plantureux qui m’a recommandé.

Vous avez accepté de vous lancer dans cette aventure…
J’ai imposé quelques conditions sine qua non, comme une très grande sélectivité des lots retenus. Je suis intransigeant sur le bon état des tirages. Pour certaines rares épreuves, j’accepte un état imparfait dû à un défaut d’époque dans le procédé chimique.

Vous avez aussi choisi de ne pas publier de catalogue papier. Est-ce pour réduire les
coûts ?

Je n’ai subi aucune pression financière en ce sens, même si pour une vente de moins de 150 000 euros, éditer et diffuser un catalogue papier représente un coût substantiel. Mon principe de départ était de ne pas faire de catalogue papier et de n’utiliser que le réseau de diffusion Internet qui permet de toucher tout le monde. Un catalogue numérique sera consultable sur tajan.com et auction.fr, mais aussi via des sites très fréquentés comme artnet.com, ou encore des sites spécialisés tel iphotocentral.com, sans compter un emailing auprès de collectionneurs. Nous avons seulement publié une petite plaquette de présentation illustrant quelques lots de la vente.

Quels sont les principaux lots de la vente du 20 avril (1) ?
Nous présentons une rare épreuve sur papier salé du Cloître Saint-Trophime, Arles (1851) d’Édouard Baldus, qui suscite beaucoup d’intérêt. Elle est le résultat d’un montage de plusieurs négatifs, le photographe ayant voulu restituer la perspective du cloître en dépit de contraintes techniques que lui imposaient sa chambre et les lieux. Ce montage audacieux est sans doute la raison du refus de cette image par la commission des Monuments historiques. D’où la rareté des épreuves sur papier salé pour cette image. Nous l’avons estimée 10 000 euros. Une autre épreuve s’était vendue 40 000 livres sterling [60 000 euros], le 14 décembre 2006 chez Bloomsbury à Londres. La vente comprend d’intéressantes photographies de Maoris des années 1880-1890 par William Thomas Partington et les frères Burton (est. autour de 1 000 euros le lot) ; un album sur Pompéi (vers 1865) par Alphonse Bernoud, contenant une image extrêmement rare montrant l’empreinte d’une femme enceinte pétrifiée (est. 1 200 euros) ; ou encore un album de 24 photos par Chambay et Lecorgne, prises en 1857 et montrant les populations nouvellement arrivées sur l’île Maurice (est. 6 000 euros).

Comment se porte le marché de la photographie ?
Malgré les difficultés du marché de l’art, la photographie vintage a été une valeur refuge pour les collectionneurs. Cette année, on a pu assister à une reprise du marché, notamment à l’Aipad Photography Show de New York, lors de ventes aux enchères new-yorkaises, et aussi à la foire de Maastricht où les marchands Hans Jr. Kraus et Johannes Faber ont eu un grand succès. Il y a de nouveau de l’optimisme. Collectionneurs et musées se sont remis à acheter. Tajan redémarre des ventes dans cette spécialité au moment où le marché redécolle. Dans ce contexte, nous travaillons avec un grand enthousiasme à une seconde vente en novembre.

(1) « Photographies de collection, voyages et ethnographie », vente le 20 avril à l’Espace Tajan, 37, rue des Mathurins, 75008 Paris, SVV Tajan, tél. 01 53 30 30 30, www.tajan.com, expositions publiques jusqu’au 19 avril, du lundi au vendredi 10h-18h

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°323 du 16 avril 2010, avec le titre suivant : Entretien : Jean-Mathieu Martini

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