Dimanche 20 septembre 2020

Foire

Des foires « Off » dépaysantes

Par Anne-Cécile Sanchez · Le Journal des Arts

Le 5 octobre 2017 - 919 mots

Asia Now, Outsider Art Fair, YIA, les petites foires en marge de la Fiac portent en drapeau leur ouverture à la nouveauté. Le Palais d’Iéna ou La Colonie ne sont pas en reste.

De passage l’an dernier comme simple visiteur sur Asia Now, Uli Sigg a dû juger la foire intéressante. Suffisamment, en tout cas, pour accepter de figurer cette année au programme. Considéré comme le plus grand collectionneur d’art contemporain chinois, le Suisse, qui fut homme d’affaires, puis ambassadeur à Pékin, viendra en effet montrer avenue Hoche, et pour la première fois à Paris dans son intégralité, le documentaire que lui a consacré le réalisateur Michael Schindhelm : Les vies chinoises d’Uli Sigg. Il pourra à cette occasion commenter la donation de quelque 1 200 œuvres qu’il s’apprête à faire au M. , futur musée de Hongkong. Cette projection suivie d’une conversation constitue l’un des nombreux temps forts de la troisième édition d’Asia Now, née en 2015 de la volonté de faire connaître « au-delà des clichés, la scène artistique contemporaine asiatique », explique sa directrice et cofondatrice Alexandra Fain.

En trois ans, Paris est ainsi devenue, l’un des endroits où l’on peut découvrir des artistes, émergents ou confirmés, originaires de plus de dix pays d’Asie, de la Chine au Japon. Cette « boutique art fair » se veut plus qu’une vitrine, un label. « Certains artistes que nous présentons ne sont pas encore connus en Europe, mais tous sont présents dans de nombreuses collections publiques ou privées dans leurs pays, affirme Alexandra Fain. Pour les identifier, nous travaillons main dans la main avec les meilleures galeries sur place. » Celles qui font le déplacement sont assurées de rencontrer à Paris des collectionneurs ou des représentants d’institutions auxquels elles n’ont d’habitude pas accès. La petite taille de la foire est propice aux échanges, parfois fructueux : la galerie Bank a ainsi fait connaître le collectif chinois Polit-Sheer-Form Office au Centre Pompidou, qui l’a invité cette année à présenter son travail sur l’héritage du communisme dans le cadre de Cosmopolis#1 – à partir du 18 octobre.

Avec une trentaine d’exposants seulement – dont un tiers d’Européens reconnus pour leur expertise de la scène asiatique – Asia Now joue donc la carte de l’intimité, mais aussi de l’hyper sélection. Et propose à chaque fois un focus renouvelé : cette année, la Corée du Sud est à l’honneur sur plusieurs stands, dont celui de l’excellente Kukje Gallery, consacré à l’artiste Kyungah Ham. Associée à ce projet de plateforme coréenne, l’équipe de la Biennale sud-coréenne de Busan a quant à elle confié une carte blanche à Jooyoung Kim : cette pionnière de la performance a érigé en art absolu le concept de « Nomadisme ».
 

Porticus

Mieux vaut, c’est sûr, avoir le sens de la formule et un peu d’ambition pour se distinguer dans la dense semaine du off de la Fiac. Évoquant l’exposition initiée chaque automne par le siège du Conseil économique, social et environnemental (CESE) au Palais d’Iéna, dont il est commissaire pour la deuxième année consécutive, Matthieu Poirier n’hésite pas à parler de « petit Monumenta ». « Porticus » – c’est le nom de l’événement cette année – offre pendant dix jours une occasion inédite de découvrir les œuvres de bois, de laiton, de textile, de pierre ou de cuivre d’Artur Lescher, sculpteur brésilien très connu en Amérique latine et nettement moins sous nos latitudes, et susceptible, donc, « de marquer les esprits ». Son travail, relecture « spatialisée et sensuelle » du néoconcrétisme, entre en résonance avec l’architecture de béton coffré et de métal d’Auguste Perret. Mélangeant prêts de collections et œuvres conçues in situ, petites pièces et sculptures de très grands formats, « Porticus » invite les spectateurs à ouvrir en grand leur perception des lieux.
 

La Colonie

D’un continent à l’autre, le dépaysement est également au programme de La Colonie. Cet espace de partage d’idées et de « savoir-vivre », ouvert par Kader Attia en octobre dernier, fête son premier anniversaire avec un Salon du livre d’art des Afriques, où croiser des éditeurs venus des Caraïbes, du Sénégal ou de Gennevilliers, et chaque soir, assister à une performance, comme celle menée par Michelange Quay, cinéaste et hypnotiseur, qui conduira une séance de groupe « d’hypnose afro-futuriste » en invitant le public à établir un contact avec « l’Ancêtre ».
 

Outsider Art Fair et la YIA

Loin des sentiers battus, Outsider Art Fair (OAF), l’unique foire consacrée à l’art brut et autodidacte créée en dehors des réseaux, rend hommage pour sa part avec sa cinquième édition au galeriste et collectionneur Daniel Cordier. Parmi les trente-cinq exposants, quelques nouveaux venus, dont le New-Yorkais Donald Ellis, qui présentera un ensemble important de dessins réalisés par les Amérindiens des plaines datant de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

Quant à la Young International Art Fair, forte de 65 galeries, elle poursuit son objectif de promouvoir la scène émergente. C’est à travers le temps et l’histoire de l’art qu’elle propose, pour sa onzième édition, de voyager, afin de faire dialoguer la jeune génération de plasticiens avec les figures historiques comme Pierrette Bloch, Jacques Monory, Vera Molnar ou Leonardo Cremonini.

 

 

Asia Now, Paris Asian Art Fair,
9, avenue Hoche, 75008 Paris, du 18 au 22 octobre.
Porticus,
Palais d’Iéna, 75016 Paris, du 16 au 25 octobre.
La Colonie,
Salon du Livre d’art des Afriques, 128, rue Lafayette, 75010 Paris, du 18 au 21 octobre.
OAF,
Hôtel du Duc, 22, rue de la Michodière, 75002 Paris, du 19 au 22 octobre.
YIA,
Carreau du temple, 20, rue Eugène Spuller, 75003 Paris, du 19 au 22 octobre.

 

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°486 du 6 octobre 2017, avec le titre suivant : Des foires « Off » dépaysantes

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