Mercredi 17 octobre 2018

Trois questions à

Camille Bürgi, antiquaire à Paris

« La crise nous a fait redevenir plus humains »

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 17 décembre 2004 - 586 mots

Comment se porte le marché du mobilier XVIIIe ?
Il va mal parce que les gens ne font plus de maisons ou d’appartements dans le goût du XVIIIe. Le mobilier XVIIIe semble aujourd’hui démodé au profit du mobilier 1940-1950. Nous n’arrivons plus à vendre du beau meuble meublant décoratif dans une fourchette de prix supérieurs à 10 000-50 000 euros. Autant dire que l’on est très en dessous des cours de 2000-2001, car, depuis quatre ans, les prix ont chuté de moitié, quelquefois davantage. Les grands antiquaires ne parviennent pas à renouveler leurs stocks, ce qui concourt à la baisse des prix. Les marchands qui s’en sortent vont dans le sens du marché, c’est-à-dire qu’ils s’approvisionnent meilleur marché et acceptent de vendre moins cher. Pour tous ceux qui maintiennent des prix forts, le XVIIIe est devenu l’antichambre de la mort : Faubourg Saint-Honoré, il n’y a plus une porte de galerie qui s’ouvre. J’attire aussi votre attention sur le fait qu’il n’y a plus de jeunes marchands dans ce domaine. Aujourd’hui, la marchandise est détenue à 90 % par des galeristes de 71 à 82 ans, lesquels ont voulu créer leur monopole pour le commerce du beau et n’ont pas laissé émerger une jeune génération de professionnels. Il semble difficile dans ces conditions de refaire du XVIIIe un phénomène de mode. Pour que ce secteur redémarre, il faudra malheureusement attendre qu’une génération disparaisse. Quant aux acheteurs américains, ils reviendront avec un dollar plus fort. En attendant, les grands meubles du XVIIIe n’apparaissent pas sur le marché. Les propriétaires de telles pièces ont l’impression qu’ils vont perdre de l’argent, donc ils ne vendent pas.

Quelles œuvres vous ont marqué récemment ?
J’ai vu à Drouot, d’abord sans savoir ce que c’était, la magnifique tête de cheval vendue chez Boisgirard le 7 octobre [un marbre archaïque grec de la fin du VIe siècle avant J.-C, préempté par le Musée du Louvre]. Cette sculpture avait une expression fantastique et émouvante. Elle semblait à la fois moderne, avec un côté très actuel et presque contemporain, sans doute dû à l’effet de l’érosion du temps. Et puis, dans la vente Del Duca du 19 novembre, il y avait hors catalogue une très rare et belle paire d’appliques à deux lumières à décor de massacre de cerfs d’époque Louis XVI, attribuée à Gouthière.

Quelle est votre actualité ?
D’une part, je redémarre mon activité d’antiquaire après une période de « galère ». J’achète des meubles et objets XVIIIe de goût, des tableaux, des pièces originales pour une clientèle française que l’on a mésestimée, boudée pendant longtemps, tant que l’on avait nos acheteurs américains – qui aujourd’hui ne sont plus là. Une nouvelle fois, la crise nous a fait redevenir plus humains. Je profite de la baisse du marché pour acheter et vendre moins cher. Je refais un métier très sympathique pour des collectionneurs français. D’ailleurs, les amateurs font actuellement des affaires. J’ai récemment vendu une commode Louis XVI de Molitor pour 13 500 euros, un meuble qui se serait vendu 100 000 euros il y a quelques années. Notez bien que les prix que l’on pratiquait alors n’étaient pas injustifiés, car nous achetions nous-même très cher et il y avait une forte demande du marché. D’autre part, je suis en attente d’un procès dans une affaire qui m’oppose aux « barons » du mobilier XVIIIe, en particulier Jacques Perrin (lire le JdA n° 181, 21 novembre 2003). J’espère que mon dossier ne s’est pas trop endormi dans les méandres du Palais de justice...

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°205 du 17 décembre 2004, avec le titre suivant : Camille Bürgi, antiquaire à Paris

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