Lundi 10 décembre 2018

Foire

Bruxelles

Brafa toujours dans la course

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 31 janvier 2017 - 990 mots

La foire belge d’art et d’antiquités continue de se renouveler et s’ancre dans le présent avec davantage d’art contemporain. Une décision salutaire : le bilan de l’édition 2017 est positif.

BRUXELLES - Résolument moderne, le décor de cette 62e édition de la Brussels Art Fair (Brafa) était particulièrement soigné. Des œuvres d’art cinétique de Julio Le Parc émaillaient le parcours, en hommage à l’artiste argentin né en 1928, invité d’honneur de la foire belge. Mais ce qui frappait le plus dans ces allées aérées était la foule présente, même un jeudi après-midi. On ne pouvait malheureusement pas en dire autant de la Biennale en septembre dernier. « Il y a beaucoup plus de monde qu’à Paris. Les Belges voient cet événement comme une fête, le lieu est facilement accessible, avec un grand parking, l’organisation est parfaite et sympathique », faisait remarquer Bertrand de Lavergne. Le marchand en céramiques asiatiques dont c’était la 14e participation a « très correctement vendu », notamment une paire de porte-bougies en forme de dames de cour d’époque Qianlong et ce, dès le premier soir. Son exposition de cristaux de roche, XVIIIe-XXe siècle a également fait sensation (1 500 à 10 000 euros).

« L’atmosphère est détendue et tout le monde semble avoir vendu », constatait Harold t’Kint de Roodenbeke, président de la Brafa. La clientèle est essentiellement belge et française, allemande et hollandaise, avec quelques Anglais et Italiens. Très peu d’Américains « mais selon moi, ce n’est pas une clientèle cible pour le salon », poursuivait le président.

La place plus importante accordée à l’art contemporain a été bénéfique. La plupart des marchands nouvellement venus se sont réjouis de leur participation, à l’exemple de Rodolphe Janssen : « Dans un marché global, j’ai souhaité resserrer les liens sur le marché local et mes espérances ont été dépassées ! J’ai constaté aussi que le cross over [ndlr, multi-segments] entre les spécialités fonctionnait. » Le marchand bruxellois a vendu la série de douze pelles ornées de blasons, de Wim Delvoye (120 000 €) et un cerf au pelage écossais, de Sean Landers (160 000 €). Pour autant, la manifestation n’a pas vocation à devenir une foire d’art contemporain. « Nous sommes à la limite, soulignait-il. Il y a des foires spéciales pour l’art contemporain. Ici, il faut respecter l’éclectisme. »

Les « petits chefs-d’œuvre » ont la cote
Les tableaux modernes se sont également bien défendus. La galerie londonienne Stern Pissarro a mieux marché cette année avec la vente de plus de 20 % de son stand. « Nous n’avons pas amené de gros chefs-d’œuvre. Nous avons privilégié des œuvres sur papier de Chagall, moins chères mais qui se vendent beaucoup mieux ici que ses tableaux », a expliqué Lélia Pissarro qui présentait un Magritte, une des premières œuvres cubistes de l’artiste, dans un état excellent (625 000 euros). Un collectionneur chinois a fait une proposition. Harold t’Kint de Roodenbeke a vendu plusieurs œuvres, dont des Delvaux, un Chagall et un Sonia Delaunay mais attendait encore une confirmation pour l’œuvre phare de son stand, le poétique Jardin d’Alexandrie, de Delvaux (800 000 euros).

Du côté du mobilier et des objets anciens, Alain Berger (galerie Berger, Beaune), trouvait le salon plutôt calme. Il faut dire que l’année dernière il avait fait un carton : « Notre plus belle Brafa. Cette année, nous avons vendu, mais pas les grosses pièces alors même que nous avons de petits prix. » Parmi elles, quatre brûle-parfums montés en bronze doré et porcelaine de Meissen (autour de 65 000 euros). « Les gens mettent du temps à se décider », faisait remarquer le marchand. Un constat partagé par plusieurs exposants. « Nous avons vendu plusieurs petits objets et deux pièces importantes à deux nouveaux clients », se félicitait de son côté Michael Hedqvist (Phoenix Ancient art). La galerie montrait des œuvres importantes comme un masque de Divinité en bronze, Piravend, Ier millénaire av. J.-C. (600 000 €) et un buste d’aristocrate romaine en bronze, Ier siècle apr. J.-C. (autour d’1 M€).

L’inédit toujours plébiscité
Pour ce qui est de l’art tribal, la majorité des marchands étaient satisfaits, comme Yann Ferrandin ou Didier Claes qui a très bien vendu, contrairement à Frieze Masters et Tefaf New York. Le marchand bruxellois a cédé plus de dix-huit pièces, dont son œuvre phare, une statue Hemba (autour de 800 000 euros), vendue le soir du dîner de gala. Serge Shoeffel, qui présentait de nombreuses pièces du Golfe de Papouasie, catalogue à l’appui, attendait la concrétisation de plusieurs touches. Il présentait notamment un beau masque du Cameroun (150 000 euros).

En mobilier XXe, Anne Autegarden qui effectuait son grand retour après sept ans d’absence était un peu déçue. « Il n’y a pas assez de mobilier XXe. Nous ne sommes que quatre dans la discipline sur 132 exposants, trop peu pour que les décorateurs se déplacent. Je constate que les visiteurs viennent surtout pour les tableaux XXe, l’art contemporain et bien sûr pour l’art ancien. Certaines galeries ne viennent d’ailleurs plus comme Dutko, Marcilhac ou Gastou ». Pour Harold t’Kint de Roodenbeke, c’est plutôt en matière de photographie qu’il y a des lacunes à combler.

Dans l’ensemble, « les marchands qui ont bien préparé leur salon ont bien vendu », commentait un connaisseur. C’est le cas de Xavier Eeckhout sélectionné pour participer à Tefaf de Maastricht. Sur les vingt-deux bronzes qu’il présentait, dix-sept n’avaient pas encore été montrés. Résultat : seize ont été vendus dont un Héron, vers 1925, d’Albéric Collin. À l’inverse, ceux qui se sont contentés de montrer des pièces vues et revues n’ont pas pu tirer leur épingle du jeu. Si de nombreuses pièces se retrouvent d’un salon à l’autre, n’est-ce pas le signe que le marché ne peut pas tout absorber, que les clients ne sont pas assez nombreux ? Ne faudrait-il pas réduire la cadence ? À trop courir les foires, le risque est à l’évidence pour certains marchands de perdre leur fraîcheur.

Légende photo

Des œuvres de Julio LeParc venaient agrémenter cette année les allées de la BRAFA, Bruxelles. © BRAFA.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°472 du 3 février 2017, avec le titre suivant : Brafa toujours dans la course

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