Brafa 2014, un très bon cru

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 12 février 2014 - 1058 mots

La Foire d’antiquités et d’art de Bruxelles, toujours aussi conviviale, a été l’occasion de nombreuses et belles ventes.

BRUXELLES - De l’avis général, les exposants de la 59e édition de la Brafa (Brussels Antiques and Fine Art Fair), qui s’est tenue du 25 janvier au 2 février à Tour & Taxis, à Bruxelles, récoltent les fruits du bon travail des organisateurs. Doucement, la foire s’internationalise. « Ce n’est plus seulement une foire belgo-française ! Cette année, il y a eu une belle envolée, avec des clients allemands, anglais, suisses et russes. Tout le travail de fond des organisateurs depuis dix ans paye enfin », se réjouit le marchand Alexis Bordes (Paris). Fabien Mathivet (Paris) a même rencontré des acheteurs venus du Koweït et du Qatar. Ne manque plus que le public américain : la prochaine étape du salon ?
Pour Harold t’Kint de Roodenbeke, le président, de la Brafa, « l’année démarre extrêmement bien. Selon plusieurs galeristes, c’est leur meilleure année ». Lui-même a vendu des aquarelles de Paul Delvaux ainsi que le Miroir invisible (1942) de Magritte. En outre, « les deux objectifs importants sont remplis, à savoir un nombre de visiteurs étrangers croissant et une hausse de la fréquentation de l’ordre de 15 % ». En effet, le cap des 50 000 visiteurs a été franchi puisque 55 000 ont fait le déplacement.

Nombreux points rouges
Sur les stands, les points rouges étaient nombreux. La galerie Willy Huybrechts (Paris), dont c’était la première participation, confirme que « tout le monde a bien travaillé ». Elle-même a cédé plusieurs pièces, dont un meuble d’appui en sycomore d’Eugène Printz (60 000 euros). Aktis Gallery (Londres), spécialisée dans les artistes russes et chinois émigrés à Paris au XXe siècle, a vendu une dizaine d’œuvres dont deux tableaux du peintre Zao Wou-ki. Dario Ghio (Monaco), pour qui la Brafa « est une des meilleures foires en Europe », est ravi d’avoir cédé son coffre-fort viennois en fer de F. Wertheim & Cie à un autre marchand (autour de 300 000 euros). Chez Didier Claes (Bruxelles), plus d’une quinzaine d’œuvres dont un fétiche Songye ont été emportées avant même le vernissage, ainsi qu’un petit sifflet de chasse Bakongo en ivoire représentant un prisonnier. « On aurait pu le vendre dix fois ! », assure Alexandre Claes. Carpenters Workshop Gallery (Londres, Paris), l’une des rares enseignes de la Brafa à faire du « design art », a visé juste pour sa première participation, en proposant une assise en frêne, Fresh, pièce unique réalisée par le sculpteur américain âgé de 83 ans Wendell Castle, très connu aux États-Unis mais méconnu en Europe ; celle-ci est partie à 145 000 euros.

Pour qui aime la peinture ancienne, deux stands se sont démarqués par la qualité des œuvres présentées. Kunstberatung Zurich AG a vendu L’Arrestation dans une taverne de Martin Van Cleve, et Allégorie de la Charité, de Jan Massys. Quant à Florence de Voldère (Paris), qui avait particulièrement soigné sa présentation, on pouvait y admirer des œuvres de l’école du Nord « à la loupe », pour des prix allant de 30 000 à plus d’1 million d’euros, ainsi Fruits dans un bol wan li, bouquet de tulipes et coquillages, de Balthasar van der Ast. Plusieurs pièces ont été décrochées aussitôt vendues.
« J’ai très bien vendu. C’est ma meilleure Brafa depuis 2004 », se félicite de son côté Alexis Bordes, qui a cédé le Buste de Juliette Récamier (1805-1806) de Joseph Chinard, en terre cuite patinée ; le Buste de William Shakespeare en terre cuite d’Albert Ernest Carrier-Belleuse (1860-1865, 16 000 euros) et Après la victoire (1903), d’Edgar Maxence (autour de 38 000 euros). Lux Art Consulting (Luxembourg), qui participait pour la première fois à la Brafa, a noté beaucoup d’intérêt pour Roses (1872), de Fantin-Latour (180 000 euros) et a vendu à un Russe Jardin provençal, d’André Lanskoy (années 1920) (110 000 euros).

Philippe Heim (Bâle, lire p. 28), en association avec le Danois James Bauerle, a su plaire avec ses tableaux réalisés au Groenland par deux peintres danois, Jens Erik Carl Rasmussen (1841-1893) et son suiveur, Emmanuel A. Petersen (1894-1948). Herwig Simons (Anvers), toujours très éclectique, avec un goût prononcé pour les pièces singulières, s’est dessaisi de plus d’une quinzaine d’œuvres dont un imposant collier d’ambre de la Baltique de la fin du XVIe siècle et une table italienne tripode en marbre à pattes de lion du XIXe. Chez Robertaebasta (Milan) aussi, les pièces atypiques ont séduit, puisque la galerie a vendu Marie donne la lumière aux petits enfants chrétiens, un plâtre surprenant de 1918 par Adolfo Wildt (180 000 euros). La Galerie Marcilhac a quant à elle cédé une dizaine de pièces, dont du mobilier signé Dominique.

Un salon de longue durée
Si des marchands ont conclu dès les premiers jours, nombre d’autres sont en pourparlers. Chez Costermans (Bruxelles), qui fête ses 175 ans d’existence, une monumentale vitrine palatiale italienne en bois doré restait en discussion : « Le client ne vient pas tout de suite pour ce type de meuble. La vitrine va peut-être retourner en Italie car un client français nous a fait une offre, avec d’autres meubles dont deux consoles », précise le galeriste. La Galerie des Modernes (Paris) a reçu un accueil enthousiaste pour son exposition « Friends », d’Andy Warhol (14 000 à 70 000 euros), et des transactions sont en cours. La galerie Michel Descours (Lyon), qui regrette que les marchands spécialisés en peinture ancienne soient minoritaires et un peu isolés, attendait encore le client pour son tableau de François-Joseph Navez, Scène de musique (1819) (300 000 euros), suscitant néanmoins beaucoup d’intérêt. Quant à la galerie Steinitz (Paris), un peu seule dans sa spécialité (mobilier ancien), elle a vendu mais espérait céder l’audacieuse commode Louis XVI de Pierre Garnier, dans le goût « à la grecque ».

À l’issue des deux semaines, la fatigue commençait à se sentir chez les exposants. « La foire gagnerait à être moins longue », s’accorde-t-on à dire. « Mais avec deux week-ends, cela permet aux clients de revenir », note Fabien Mathivet, qui a vendu en particulier des appliques de Gilbert Poillerat, sur un stand qui associait du mobilier Art déco avec des toiles aborigènes – « pour donner de la modernité au mobilier ».

Brafa

Président : Harold t’Kint de Roodenbeke
Nombre de visiteurs en 2014 : 55 000

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°407 du 14 février 2014, avec le titre suivant : Brafa 2014, un très bon cru

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