Mercredi 19 janvier 2022

Au Salon du meuble la crise a du bon

Par Christian Simenc · L'ŒIL

Le 18 mai 2012 - 867 mots

À Milan, le Salon du meuble et son off se sont déroulés du 17 au 22 avril dernier. Compte-rendu de cette cinquante et unième édition.

L' édition 2012 est un bon cru. Contrairement à ce que laissaient présager les chiffres alarmistes de la Fédération italienne des entreprises du bois et du meuble (FederlegnoArredo) – une production en baisse de 4,2 % l’an passé par rapport à 2010 –, les visiteurs se sont finalement pressés au Salone del Mobile de Milan. Selon l’organisateur du Salon, le nombre d’entrées aurait même augmenté de 3,5 % par rapport à 2011, s’élevant à 331 649. Premier constat : la crise a du bon. Les éditeurs ont, pour l’heure – mais pour combien de temps ? –, mis un mouchoir sur leur fantasme de produire des meubles comme on conçoit une collection de prêt-à-porter – tous les six mois – et ce retour à la raison est plutôt salutaire. Moins de prototypes donc, mais davantage de produits aboutis.
 
Made in Japan
S’il est une contrée qui se hisse au-dessus du lot cette année, c’est bien l’empire du Soleil-Levant. D’abord parce que l’un de ses sujets, Oki Sato – agence Nendo –, 35 ans, nommé Designer de l’année 2012 par le magazine de décoration anglais Wallpaper, est sur tous les fronts : expositions monographiques, scénographies, ribambelle d’objets… Frénésie un brin disproportionnée au regard d’une production disparate. Ensuite parce que le Japon a offert une flopée de présentations de qualité. Le potier 1616/Arita a exhibé deux belles collections de vaisselle signées du Japonais Teruhiro Yanagihara et des Néerlandais Stefan Scholten & Carole Baijings. Shigeo Mashiro, pour la firme Sfera, démontre, lui, sa dextérité autant avec le bois qu’avec la céramique.
De son côté, le fabricant de bois Karimoku arborait ses nouveaux prototypes, dont la chaise Castor du trio suisse Big-Game et la table pliante A Frame Table de l’Espagnol Tomás Alonso. Le styliste Issey Miyake présentait, pour sa part, la collection de luminaires In-Ei, produite par la marque transalpine Artemide et conçue en bouteilles de plastique recyclées. Au Museo Minguzzi, enfin, l’exposition « Japan Creative » montrait des projets réalisés en tandem, dont cette subtile vaisselle de la Française Inga Sempé façonnée par les céramistes de Koubei-gama.

Matières et matériaux
Chaque année s’esquissent les nouvelles tendances. Les effets de matière et les textures sont de retour. Ainsi en est-il des très beaux carrelages Tex (Mutina) du duo Raw Edges – Yael Mer et Shay Alkalay. Chez Edra, Massimo Morozzi conçoit l’armoire Bois de rose en jouant avec du stratifié qu’il assemble de manière peu orthodoxe. Même le verre se permet quelques excentricités chez le verrier tchèque Lasvit, lorsque Ross Lovegrove lui donne un aspect ondulant tels des reflets à la surface de l’eau : Liquidkristal. Les couleurs franches marqueraient-elles le pas ? Nombre d’entreprises en tout cas n’hésitent plus à afficher leurs tons pastels, comme l’allemande Stattmann Neue Moebel – la chaise Profil de Sylvain Willenz.
D’autres risquent la rayure : l’Espagnole Patricia Urquiola strie le cristal de la table Crossing (Glas) de bandes polychromes et la Néerlandaise Irma Boom les lés de son papier peint (Thomas Eyck). Les adeptes du bricolage, eux, ne seront pas effrayés par ce mobilier pourvu de multiples accessoires, amovibles ou pas, façon établi d’atelier : Tomás Alonso dote la table Offset (Maxdesign) d’une flexibilité à tous crins et le duo Nipa Doshi & Jonathan Levien, avec Chandlo (BD Barcelona Design), réinvente la coiffeuse façon composition abstraite montée sur pattes.
Après le marbre l’an passé, un autre matériau d’antan refait surface : le granito – mélange de ciment et de granulats divers : marbre, quartz, granit... Joschua Brunn (Suisse) en a fait la lampe Petit Central tandis que les Canadiens Stéphane Halmaï-Voisard et Philippe-Albert Lefebvre ont, de leur côté, dessiné la collection Terrazzo Project : un tabouret, une table, une étagère et une lampe. Les matériaux passionnent et la recherche itou. Le trio Pinwu (Zhang Lei, Christoph John et Jovana Bogdanovic) réalise, en Chine, pour From Yuhang, du mobilier avec du papier issu de la fibre de bambou. Encore plus « cool », Werner Aisslinger opte, lui, pour la fibre de chanvre et moule la chaise Hemp (Moroso). Quant à Philippe Starck, il balaie enfin devant sa porte, récupérant des déchets de polypropylène et de bois pour concevoir la chaise Broom (Emeco). D’insolites matières pointent le bout de leur nez. Alexander Groves, Kieren Jones et Azusa Murakami ont façonné la Sea Chair en recyclant des déchets de plastique trouvés dans la mer. Et l’Espagnol Raúl Laurí a modelé une étonnante série d’objets avec… du marc de café (Decafé).

High-tech
Les jeunes designers explorent également de nouveaux modes de production. Ainsi, avec Food Printing, les Espagnols du GGlab et Deniz Manisali créent de la nourriture en mixant les ingrédients grâce à une imprimante 3D alimentaire. Avec Endless Robot, le Néerlandais Dirk Vander Kooij use d’un robot industriel pour fabriquer, couche après couche, du mobilier en plastique recyclé. Enfin, l’Allemand Markus Kayser explore le potentiel de la production dans le… désert, façonnant, avec une drôle de machine – Solar Sinter – des objets en verre avec du soleil et du sable, ici présents en abondance. Les designers de demain sont des apprentis sorciers.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°647 du 1 juin 2012, avec le titre suivant : Au Salon du meuble la crise a du bon

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