Foire

Art Karlsruhe, une foire régionale trop grande

Par Alexia Lanta Maestrati · Le Journal des Arts

Le 27 février 2019 - 688 mots

KARLSRUHE

Les quatre halls de la foire d’art moderne et contemporain allemande ne justifient pas leur nombre en regard d’une offre qui fait surtout la part belle à la scène artistique d’outre-Rhin.

Karlsruhe. Art Karlsruhe a su s’implanter solidement depuis 2004 dans la petite ville de Bade-Wurtenberg que rien ne prédisposait à accueillir une foire d’art contemporain, si ce n’est un nombre important de collectionneurs dans la région. Mais est-ce suffisant pour s’étaler sur 35 000 m² ? Son positionnement est résolument allemand, sur les 208 galeries, 155 sont allemandes.

Elle ressemble à certains égards à sa voisine strasbourgeoise, ­St-Art. Ewald Karl Schrade, directeur d’Art Karlsruhe, n’hésite pas à faire le parallèle ; « Notre ligne directrice se rapproche de St-Art, mais nous ne leur faisons pas d’ombre, car nous visons un public allemand avec des galeries allemandes quand St-Art vise plutôt une audience française avec des galeries françaises. » À Art Karlsruhe, ce ne sont pas les grands noms de l’art contemporain qui triomphent, bien que l’on en croise, mais des artistes moins reconnus, pour la plupart allemands ou implantés dans la région. Les prix sont cependant loin d’être modestes. Le jeune artiste allemand, âgé d’à peine 21 ans, Leon Löwentraut, a vendu l’intégralité de ses toiles colorées (une quinzaine) le jour du vernissage pour des prix aux alentours de 50 000 euros sur le stand de la galerie Geuer & Geuer (Düsseldorf). « Cette édition était pour nous la meilleure », s’enthousiasme également la galerie Tammen & Partner de Berlin, qui a vendu entre autres une sculpture de Sonja Edle Von Hoeble (40 000 euros) et des œuvres de Marion Eichmann (entre 15 000 et 20 000 euros).

D’autres ont choisi d’exposer des artistes bien implantés localement pour attiser la curiosité des collectionneurs. La galerie Kornfeld (Berlin) montrait sur la moitié de son stand des pièces de Christopher Lehmpfuhl, connu à Karlsruhe, car le galeriste Ewald Karl Schrade, également directeur de la manifestation l’expose depuis vingt ans (de 1 700 euros à 22 000 euros). « Il s’agissait d’une entrée pour que les collectionneurs s’intéressent à nos autres artistes, comme la sculptrice Katharina Gerold, que nous avons plutôt bien vendue (de 2 000 à 5 000 euros) », explique Tilman Treusch, directeur de la galerie.

La manifestation germanique est grande avec ses 35 000 m2, voire trop grande. Le long des allées, l’offre plurielle présentait des œuvres intéressantes aux côtés d’autres franchement moyennes. Afin d’être plus lisible, la manifestation est répartie en quatre halls, chacun doté de sa propre thématique malheureusement pas toujours justifiée (le hall 1 pour la photographie et les éditions originales ; les halls 2 et 3 pour l’art moderne classique et l’art contemporain ; et le hall 4 qui se concentrait sur l’art contemporain plus émergent).

Des œuvres de qualité inégale

« Les halls 2 et 3 sont de meilleure qualité, les autres sont discutables. La manifestation est trop grande, elle gagnerait à être plus petite et plus qualitative », souligne Tilman Treusch. Le hall 3 a cependant vu arriver une grande enseigne berlinoise, la galerie König. « Nous avons décidé de venir à la rencontre de nos collectionneurs, car ils font toujours le déplacement », commente Laura Attanasio, directrice de l’enseigne. Cette première participation a été très remarquée, y compris par des galeries qui ne se sont pas rendues sur le salon comme la galerie Kristin Hjellegjerde (Londres, Berlin), « nous avons noté que König participait, l’an prochain nous irons visiter la manifestation », observe Eva Maria Ostendorf sa directrice.

Mais les halls 1 et 4 sont moins bien servis. « Le véritable problème d’Art Karlsruhe est sa taille. Le hall 4 est le dernier, les gens ne le visitent pas toujours. S’ajoute le problème de la qualité, qui a beaucoup baissé surtout dans ce hall où l’on retrouve par endroits des sous-produits, voire de l’artisanat, cela lui porte préjudice », déplore Jean Greset (Besançon).

Art Karlsruhe, comme sa voisine St-Art, répond imparfaitement au positionnement des galeries de taille moyenne. « J’ai perdu 10 000 euros et je ne vois plus d’issue, entre les foires internationales trop coûteuses et auxquelles nous n’accédons pas, et les foires plus régionales de qualité moyenne et inégale », se désespère Jean Greset.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°518 du 1 mars 2019, avec le titre suivant : Art Karlsruhe, une foire rÉgionale trop grande

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