Angela Westwater, galeriste

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 15 octobre 2008 - 738 mots

La galerie Sperone Westwater a été créée en 1975 à New York à la suite de l’association d’Angela Westwater et de Gian Enzo Sperone.

Pourquoi avez-vous décidé de revenir cette année à la Foire internationale d’art contemporain (FIAC) ?
Nous y avions participé jusqu’en 1999. La localisation porte de Versailles n’était alors pas très engageante, les halls étaient médiocres. Le Grand Palais est un lieu fabuleux, qui fait vraiment la différence. Nous avons pensé qu’il était temps de revenir et de renforcer nos contacts avec les musées et collectionneurs français. Ces contacts s’étaient un peu relâchés car nous n’avions pas participé depuis neuf ans à l’événement. Notre idée est d’apporter des pièces de première catégorie d’artistes que l’on voit rarement en France comme Bruce Nauman ou Malcolm Morley. On prévoit aussi deux pièces d’Alighiero e Boetti et une peinture de Mario Merz.

Jusqu’à l’an dernier, vous avez participé à Frieze Art Fair. Pourquoi avoir choisi cette année la FIAC plutôt que la foire londonienne ?
Franchement, combien de foires peut-on faire dans l’année ? Je trouve l’ambiance de Frieze un peu trop frénétique. Nous préférons l’organisation et la clarté de la FIAC. C’est un test.

Une crise financière redoutable frappe l’économie américaine. Quel en est l’impact sur votre activité et sur les collectionneurs américains ?
Je ne serais pas surprise qu’il y ait une incidence. En explorant la France, nous cherchons aussi une alternative. Nous voulons raffermir notre clientèle en dehors des États-Unis. Mais nous avons plus de trente-cinq ans d’expérience derrière nous. Nous avons connu les hauts et les bas du marché. Les ventes que nous avions prévues dans les semaines qui ont suivi la chute de la Bourse n’ont pas été annulées. Les vrais collectionneurs sont peut-être plus prudents. Ils prennent davantage leur temps, réfléchissent aux prix, voire réduisent leurs achats. Mais ils ne vont pas perdre leur curiosité artistique. Les artistes déjà avancés dans leur carrière, et dont la valeur est soutenue aussi bien par la critique que par le marché, sont rentrés dans l’histoire. En revanche, je m’inquiéterais pour les jeunes artistes à la mode, à peine âgés de 30 ans, ceux qui n’ont aucun antécédent d’exposition en musée, mais dont les prix se situaient entre 50 000 et 100 000 dollars après une ou deux expositions en galerie. Leur seule référence est d’avoir fait sold out [d’avoir tout vendu].

Croyez-vous que la crise sera violente ?
Je n’ai pas de boule de cristal. Que pourrais-je dire quand je vois que les meilleurs analystes financiers, les dirigeants des banques et notre administration politique n’ont rien vu venir ou ont fermé les yeux ? Ce qui est sûr, c’est que le marché sera sélectif, comme cela a toujours été le cas dans des temps difficiles.

Bruce Nauman est en charge du pavillon américain à la Biennale de Venise en 2009. Quelle est la nature de son projet ? Une Biennale joue-t-elle encore un rôle lorsqu’on a atteint son niveau de carrière ?
Un pavillon américain, ce n’est pas n’importe quoi, c’est l’un des plus vieux pavillons des Giardini. Son projet n’est en aucune manière une rétrospective. Il y aura des pièces anciennes et d’autres spécialement produites pour l’occasion, associées entre elles par affinités. Ses œuvres seront également présentées dans différents lieux de Venise.

On reproche de plus en plus aux biennales de s’être transformées en foires. Qu’en pensez-vous ?
Cela dépend des biennales. Ce ne sera pas le cas du pavillon de Bruce Nauman puisque nous allons emprunter aussi des œuvres à des collections privées et publiques. Ce n’est pas un show commercial.

Le Musée de Philadelphie, qui chapeaute le projet, va-t-il faire appel à votre financement pour la production de certaines pièces ?
Il est possible que le musée fasse appel à nous comme à des trustees [administrateurs]. Le décès de l’ancienne directrice du Philadelphia Museum, Anne d’Harnoncourt, une femme respectée qui avait du talent pour lever des fonds, ne simplifie pas la tâche du musée.

Un autre de vos artistes, Julian Schnabel, a lui connu une carrière en dents de scie. Comment expliquez-vous son retour après des années d’oubli ?
Il n’avait pas disparu, mais le marché est cyclique. Sa nouvelle visibilité est liée à ses films, surtout le Scaphandre et le Papillon (2007). Les directeurs de musées ont pris la peine de revisiter son travail grâce à la qualité de ces films. À Tefaf Maastricht, en mars dernier, les œuvres que nous avions présentées se sont vendues très vite.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°289 du 17 octobre 2008, avec le titre suivant : Angela Westwater, galeriste

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