Dimanche 18 novembre 2018

Entretien

Alexandre Millon, commissaire-priseur, 31 ans, Paris

« Faire de Drouot un label commercial »

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 19 novembre 2007 - 649 mots

Vous avez repris la société de votre père, « Millon et associés », il y a quatre ans. Comment avez-vous organisé votre activité ?
Ma priorité a été de moderniser le plus vite possible l’outil de travail pour que l’image de la SVV Millon qu’avait su créer mon père avant la réforme s’adapte aux évolutions ultrarapides et mondiales du marché de l’art. Trouver une charte graphique et construire un site Internet indépendant et performant (1), pour toucher tous les amateurs en temps réel, a constitué une première étape. Mais le plus délicat a sans doute été de consolider le lien de confiance avec notre réseau d’experts, de clients et de fournisseurs, car c’est un métier où la parole donnée a valeur d’or. J’ai pu compter sur des « historiques » comme Me Claude Robert, Pélage de Coniac et Guillaume de Freslon, avec lesquels nous avons rebâti une équipe jeune – doublant les effectifs en quatre ans –, et aujourd’hui aguerrie. Dans le même temps, il a été urgent, grâce à d’heureuses rencontres, de redynamiser des départements clés qui faisaient notre force, comme les arts décoratifs du XXe siècle ou les tableaux modernes.

Vous considérez-vous comme une maison de ventes généraliste ou spécialisée ?
Justement, nous sommes des généralistes spécialisés. Les MOA (mobilier et objets d’art), les bijoux, l’Art déco et les tableaux modernes sont aujourd’hui les quatre piliers de la SVV. Mais nous développons en tout vingt-cinq spécialités distinctes (archéologie, orientalisme, dessins anciens, verre contemporain, bande dessinée, numismatique…). Pour vingt et une d’entre elles, nous organisons au moins une vente tous les trimestres. L’idée est qu’un inventaire puisse générer le seul véritable choix qui compte pour un vendeur : soit répartir les objets dans autant de ventes spécialisées, soit organiser une seule vente hétéroclite.

Quel est votre programme de fin d’année ?
Tout le monde est branché sur 100 000 volts. Sur la période de novembre-décembre, nous avons 22 ventes dont 19 cataloguées dans 18 spécialités différentes.

L’hôtel Drouot vous suffit-il pour mener à bien toutes vos activités ?
Drouot, symbole miraculeux de notre profession, nous permet de survivre à la concurrence. Or, dans le système actuel, nous sommes confrontés à un manque de flexibilité dans la gestion des locations de salles, selon l’importance ou non de nos ventes. Mais, plus préoccupant, la politique actuelle des dirigeants ne peut répondre ni à un groupe organisé de commissaires-priseurs actifs, ni à des individualités qui se démarqueraient. Cela est la conséquence d’une répartition de capital dont les détenteurs, qui sont les seuls décideurs, ne sont, pour une partie croissante d’entre eux, pas actifs dans les lieux, voire plus actifs du tout. Les jeunes sont écartés de fait.

Quelle solution voyez-vous pour Drouot ?
Faire de Drouot un label commercial, capable de décrocher des collections en son nom, et donc rendre vivant l’épouvantail d’un Drouot en tant que maison de ventes intégrée qui préserverait malgré tout la diversité de chacun de nos talents, nombreux parmi la relève ! Ce serait une révolution, car, compte tenu de la pyramide des âges des acteurs de Drouot, il y a une opportunité générationnelle à saisir.

N’est-ce pas ce qu’avait proposé Pierre Bergé il y a quelques années ?
La tentative de rachat de Drouot par Pierre Bergé n’était pas viable. L’argent n’achète pas tout s’il vient de l’extérieur. Mais il existe en notre sein. Nos finances sont saines, même si elles mériteraient d’être rééquilibrées. Ce que je souhaiterais avec d’autres, c’est qu’une nouvelle entité naisse, commercialement agressive et innovante, sous la direction générale d’une compétence extérieure, ce qui donnerait lieu à une nouvelle distribution. Chacun travaillerait bien sûr pour soi majoritairement, mais aussi comptablement pour tous. Autrement dit : recréer une concurrence saine et mutualiste. Et pourquoi pas dans un lieu de vente mieux adapté que Drouot…

Que pouvez-vous dire des rumeurs d’un prochain regroupement entre les SVV Piasa, Millon et Cornette de Saint Cyr ?
Une rumeur encore ! Faute d’un véritable projet d’avenir pour Drouot face à la configuration du marché, la tendance est aux fiançailles stratégiques !
 
(1) www.millon-associes.com 

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°269 du 16 novembre 2007, avec le titre suivant : Alexandre Millon, commissaire-priseur, 31 ans, Paris

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