Dimanche 25 février 2018

Affaire Nahon : l’incident n’est pas vraiment clos

La controverse continue autour du film de Jean-Luc Léon

Le Journal des Arts

Le 13 novembre 2009

La controverse autour du film Un marchand, des artistes et des collectionneurs, de Jean-Luc Léon, diffusé sur Arte au moment de la Fiac, a fait l’objet d’un débat à l’assemblée générale du Cofiac, le 28 octobre. Le comité de galeries organisateur de la foire parisienne n’a ni exclu, comme il aurait pu le craindre, ni soutenu, comme il l’avait souhaité, Pierre Nahon. Les tentatives des artistes Arman et Louis Cane – qui jouent un rôle de premier plan dans le documentaire – pour en interdire la rediffusion semblent vouées à l’échec.

PARIS - Dépeints avec une ironie féroce comme deux avides galeristes dans Un marchand, des artistes et des collectionneurs, film dont ils étaient à la fois le sujet et les victimes consentantes, Pierre et Marianne Nahon ont eu le soulagement de garder leur place au Cofiac mais non la satisfaction de recevoir le soutien, tant espéré, de leurs confrères. Le 28 octobre, lors d’une assemblée générale du Cofiac, dont il est membre depuis 23 ans, Pierre Nahon a accusé le réalisateur du film d’avoir effectué un choix de séquences "très tendancieux" parmi "trois cents heures de film". "On ne nous a vu parler que d’argent. Or, le reste du temps, nous discutions d’art, d’artistes, de sentiments, d’amour et d’amitié," nous a-t-il expliqué.

"L’incident est clos"
Le Cofiac a décidé de ne pas exclure Pierre Nahon. Selon un communiqué publié après l’assemblée générale, le comité "a pu constater la véritable contrariété de Pierre Nahon quant à la diffusion de ce film et la bonne foi de ses affirmations, prouvant que le contenu du film lui avait totalement échappé." "L’assemblée générale en a pris acte et a considéré que bien que le film ne soit ni flatteur pour Pierre Nahon ni pour la profession, il appartient à Pierre Nahon de décider des suites qu’il entend lui donner." Et d’ajouter : "L’incident est clos."

Mais l’est-t-il vraiment ? Après l’assemblée générale, Pierre Nahon a déploré le manque de solidarité de certains de ses confrères. "Cette affaire montre combien il y a de jalousie et de haine latentes, à quel point la réussite est interdite," nous a-t-il déclaré. Le galeriste affirme que les producteurs d’Un marchand, des artistes et des collectionneurs ont omis, avant la diffusion, de demander à Louis Cane et à Arman la permission d’utiliser leur image et de diffuser leur œuvre, comme l’exige la loi. Selon lui, les artistes peuvent désormais empêcher toute rediffusion. "Personne n’a songé à me montrer les rushes ni à me faire signer le moindre papier," s’est indigné pour sa part Arman, qui qualifie le film de "catastrophe".

Arman nie avoir signé une autorisation
"Faux", réplique Thierry Garrel, responsable du département des documentaires d’Arte, "Arman nous a formellement donné son autorisation pendant le tournage, en 1995, sous la forme de deux documents signés de sa main, de diffuser son image ainsi que celle de ses œuvres. Louis Cane, pour sa part, nous a donné son accord verbal. Quant aux rushes, rien ne nous obligeait à les montrer à l’un ou à l’autre".

Thierry Garrel s’étonne également que les artistes ne lui aient adressé un courrier (d’ailleurs identique) pour s’opposer à la rediffusion du documentaire qu’après sa sortie sur Arte, et non à la suite de la projection privée du 17 septembre, à laquelle assistait également Pierre Nahon. "Ils auraient dû se manifester avant la diffusion du film sur Arte. De toute façon, nous n’avons reçu de leur part que de simples lettres. Il n’y a eu aucune démarche d’assignation, et nous restons donc libres de rediffuser Un marchand, des artistes et des collectionneurs quand bon nous semble," conclut Thierry Garrel. Arman nie avoir signé les documents dont parle Thierry Garrel. "Ce que dit Thierry Garrel m’étonne, je ne me souviens pas d’avoir signé des documents", nous a-t-il affirmé.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°31 du 1 décembre 1996, avec le titre suivant : Affaire Nahon : l’incident n’est pas vraiment clos

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