2015, une année fructueuse pour le trio de tête des maisons de ventes en France

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 13 septembre 2016

Christie’s, Sotheby’s et, dans une moindre mesure, Artcurial ont enregistré des profits confortables en 2015. L’analyse de leur bilan est révélatrice de leur modèle économique.

PARIS - Autant les maisons de ventes sont disertes sur leurs annonces et records de ventes, autant elles sont discrètes sur leurs résultats financiers. Il est vrai que lorsqu’il existe plusieurs sociétés qui se refacturent des prestations entre elles, comme c’est le cas de Christie’s et Artcurial, il n’est pas facile de consolider les chiffres. En l’espèce, si Artcurial se retranche derrière une politique de non-commentaire des résultats pour « ni valider ni infirmer » les tableaux que nous lui avons soumis, en revanche Christie’s France, par l’intermédiaire de sa directrice juridique, Stéphanie Rosier Ibanez, a été très coopérative.

Premier constat : ces trois opérateurs ont encaissé des profits conséquents en 2015 en France, année faste pour les ventes publiques d’objets d’art. Christie’s et Sotheby’s ont ainsi accru leur bénéfice après impôt de plus de 30 %. Artcurial, tout en accusant une baisse de 30 %, affiche un résultat honorable de plus de 3 millions d’euros. Rapportée au chiffre d’affaires (soit le total des commissions et non pas le produit des adjudications), leur rentabilité est comparable aux meilleures entreprises du CAC 40, avec des taux de 6 % pour Artcurial jusqu’à près de 19 % pour Christie’s France. En conséquence, les deux Anglo-Saxons ont chacun payé plus de 3 millions d’euros d’impôts sur les bénéfices en France, un civisme que l’on arrive à saluer quand on connaît les pratiques des entreprises de la net économie (lire p. 34). Christie’s est cependant moins généreuse vis-à-vis de ses employés, puisque la maison de ventes de François Pinault ne reverse pas de participation à ses salariés.

Christie’s et Sotheby’s au coude-à-coude

Deuxième constat, les deux opérateurs anglo-saxons affichent un compte d’exploitation comparable dans les grandes masses, surtout en regard de celui d’Artcurial. L’un et l’autre adjugent près d’un tiers de leurs lots à des clients hors de France ; un montant qui ne prend pas en compte les lots venant de France et adjugés à Londres ou à New York. Leurs taux de commission sont également assez proches, de l’ordre de 30 %, soit à peine plus que le taux moyen de tous les opérateurs de ventes volontaires (OVV) selon les chiffres du Conseil des ventes volontaires. Précisons que dans la mesure où le chiffre d’affaires  comprend la rémunération sur les ventes de gré à gré (non intégrées dans le produit d’adjudication), ce taux ne correspond pas exactement aux frais vendeurs et acheteurs dont le taux est donc forcément inférieur.

Un chiffre retient l’attention dans ce mano a mano entre les deux leaders : le nombre de salariés est sensiblement inférieur chez Sotheby’s. Ceci s’explique en partie par la stratégie de la maison américaine qui vend 30 % de lots en moins que la maison anglaise, privilégiant les œuvres plus chères. Un positionnement qui lui permet de dégager un chiffre d’affaires par salarié nettement plus élevé que ses deux concurrents directs. Un ratio qui ne déplaît sans doute pas aux investisseurs de Sotheby’s, mais qui risque d’être moins tenable à l’avenir dans un contexte de raréfaction de la marchandise haut de gamme. L’avenir justement s’écrit au présent, puisque les résultats du premier semestre 2016 sont maintenant connus et que les deux Anglo-Saxons affichent des baisses d’adjudication en France de l’ordre de 8 %, qui seront difficiles à rattraper d’ici décembre.

Image retirée.

Légende photo

Logos de Christie's, Sotheby's et Artcurial

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°463 du 16 septembre 2016, avec le titre suivant : 2015, une année fructueuse pour le trio de tête des maisons de ventes en France

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