Vendredi 14 décembre 2018

Second Empire

Winterhalter n’échappe pas à sa disgrâce

Par Élisabeth Santacreu · Le Journal des Arts

Le 25 octobre 2016 - 663 mots

Faute de moyens, le portraitiste qui avait les faveurs des cours européennes au second Empire fait l’objet d’une exposition minimaliste au château de Compiègne, à la mesure de sa discrète postérité.

COMPIÈGNE - Plus personne ne se souvient du film Violettes impériales et aucune Sofia Coppola ne songe à réaliser un biopic de l’impératrice Eugénie. Contrairement à Marie-Antoinette, celle-ci reste, tout comme son peintre favori, sous-estimée. Il suffit d’aller en ce moment au château de Compiègne pour en avoir la preuve.

Dans ce musée dédié aux collections françaises sur le second Empire est conservé, selon son directeur, Emmanuel Starcky, « le chef-d’œuvre absolu de Winterhalter, emblématique de la “fête impériale”, L’Impératrice Eugénie entourée de ses dames d’honneur. » C’était donc l’endroit adéquat pour accueillir une exposition consacrée à l’Allemand Franz Xaver Winterhalter (1805-1873), dernier grand portraitiste de cour. Mais, adulé de son vivant par les foules et les commanditaires, il fut mal compris de la critique qui se tournait vers le naturalisme et lui reprochait d’être un étranger. Depuis, il continue d’avoir mauvaise presse, trop lié à un régime honni et suspect d’avoir sacrifié son art aux exigences des fashionables de son temps.

Après une brève introduction consacrée à ses années de formation, où est notamment présenté son Décaméron, encensé au salon de 1837, l’exposition entre dans le vif du sujet avec les portraits de Louis-Philippe et de son entourage. Viennent ensuite les tableaux prêtés par la reine Elizabeth II : les portraits de la reine Victoria et du prince consort, le fameux Premier Mai 1851 les représentant avec l’héritier de la couronne, puis les portraits de leur fille aînée, Victoria, et de leur bru, Alexandra, princesse de Galles (1864). Enfin arrivent les portraits officiels de Napoléon III et Eugénie. Il ne s’agit pas ici des originaux de 1853, dont tout laisse à penser qu’ils ont brûlé avec le château des Tuileries en mai 1871, mais de copies de 1860 en tapisserie par la Manufacture impériale des Gobelins.

De grands absents
Par chance, ces tapisseries appartiennent au château de Compiègne, tout comme le portrait de l’impératrice présenté au Salon de 1864, accroché à côté. Car le visiteur qui a lu le catalogue de l’exposition avant de la visiter commence à s’impatienter : dans la section consacrée aux débuts du peintre, n’apparaît aucune de ses études de jeunes Italiennes ; dans celle sur la monarchie de Juillet, la reine de France Marie-Amélie est absente, tout comme l’est dans la salle anglaise le portrait de la reine Victoria alanguie, peint en 1853 pour le prince Albert. La suite, consacrée aux fashionables sera aussi décevante malgré la présence de l’adorable Carmen Aguado (1860) en provenance de Versailles.

C’est que, si l’exposition organisée conjointement par les Städtische Museen de Freiburg, le Museum of Fine Arts de Houston, le Musée national du Palais de Compiègne et la Réunion des musées nationaux-Grand-Palais comporte 88 numéros, 38 œuvres seulement sont exposées à Compiègne, alors que 47 ont été montrées à Houston et 57 à Fribourg. « Nous nous les sommes réparties, reconnaît Emmanuel Starcky. Le paramètre financier entrait en compte… » On notera que le Musée d’Orsay a su trouver les fonds pour  faire venir de Houston L’Impératrice Eugénie en costume du XVIIIe siècle et L’Impératrice Eugénie au chapeau de paille pour son exposition « Spectaculaire Second Empire », mais pas la Réunion des musées nationaux pour « Winterhalter » dont l’organisation a pourtant été décidée avant. En guise de consolation, le Musée d’Orsay a rendu provisoirement à Compiègne (qui l’a exposé jusqu’en 1986) le portrait de Madame Rimsky-Korsakov, montré à côté de L’Impératrice Eugénie entourée de ses dames d’honneur, dans le musée. Car, à Compiègne, on a fait des efforts louables pour cette exposition : après les espaces qui lui sont dévolus, le parcours se poursuit dans les salles du musée consacrées au second Empire, où sont montrées des œuvres en rapport, pour se terminer dans la salle Winterhalter. Mais un tel dévouement ne suffit sans doute pas à convaincre les bailleurs de fonds que Winterhalter mérite autant d’attention que Vigée-Le Brun.

WINTERHALTER

Commissaire : Laure Chabanne, conservateur du patrimoine, musées nationaux du palais de Compiègne
Nombre d’œuvres : 38

WINTERHALTER PORTRAITS DE COUR ENTRE FASTE ET ÉLÉGANCE

jusqu’au 15 janvier, musées nationaux du Palais de Compiègne, place du Général de Gaulle, 60200 Compiègne, tous les jours sauf mardi 10h-18h, www.palaisdecompiegne.fr, entrée 9,50 €. Catalogue éd. RMN, 39 €.

Légende Photo :
Franz Xaver Winterhalter, L’Impératrice Eugénie entourée de ses dames d’honneur, 1855, huile sur toile, 295 x 420 cm, Musées nationaux du palais de Compiègne, Compiègne, dépôt du musée national du château de Malmaison. © Photo : RMN (domaine de Compiègne)/D.R.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°466 du 28 octobre 2016, avec le titre suivant : Winterhalter n’échappe pas à sa disgrâce

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