Lundi 10 décembre 2018

À Whitney, la Biennale sort des US

Par Anouchka Roggeman · L'ŒIL

Le 1 mai 2006 - 394 mots

Une biennale d’art contemporain peut-elle de nos jours se limiter aux frontières de son propre pays ? Créée en 1932, à une époque où l’art américain était minoritaire par rapport à l’art européen, celle du
musée Whitney de New York avait pour objectif de présenter un état de la création contemporaine américaine. Devenue un événement artistique incontournable sur le plan international, la prestigieuse Biennale du Whitney peut-elle encore refuser les artistes non américains ?
La question s’est posée cette année avec d’autant plus de force que, pour la première fois, les commissaires de l’exposition, Philippe Vergne et Chrissie Iles, sont européens. « La règle du 100 % américain a dû être contournée. Limiter une exposition au niveau national nous semblait difficile à l’heure où les artistes voyagent dans tous les coins du monde. On ne peut plus tenir une politique isolationniste » explique Philippe Vergne qui avoue avoir sélectionné des œuvres qui ont au moins un rapport avec les États-Unis.
Parmi les deux cent cinquante œuvres exposées (peintures, sculptures, installations, photographies, performances, dessins, film, vidéo et autres médias), 20 % d’entre elles ont été réalisées par des artistes non américains. On retrouve notamment l’artiste français Pierre Huygue qui a eu l’honneur d’inaugurer la Biennale en projetant son film dans Central Park, Sturtevant qui recrée des ready mades de Duchamp ou encore Francesco Vezzoli qui projette son film Trailer for a Remake of Gore Vidal’s Caligula récompensé lors de la dernière Biennale de Venise.
Autre « european touch », le titre de la Biennale, « Day for night » fait référence au film de François Truffaut La Nuit américaine. « Dans les œuvres exposées, on retrouve très souvent ce questionnement entre le jour et la nuit, entre des préoccupations esthétiques et plus humanistes. Le titre reflète l’état d’âme général, marqué par la mélancolie et le cynisme » ajoute M. Vergne.
De l’avis de tous, l’humeur cette année est effectivement très morose : Richard Serra présente par exemple le dessin original du poster Stop Bush brandi par les protestataires de la guerre en Irak et Nari Ward reconstitue une cabine bronzante où l’on ressort le corps marqué d’un drapeau américain. Il était peut-être temps de s’aérer.

« Whitney Biennal 2006 », Whitney Museum of Modern Art, New York, 945 Madison Avenue at 75th Street, New York , NY 10021, 1-800 Whitney, (États-unis), www.whitney.org, jusqu’au 28 mai 2006.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°580 du 1 mai 2006, avec le titre suivant : À Whitney, la Biennale sort des US

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