Whistler, un grand victorien

L’exposition la plus importante depuis quatre-vingt-dix ans

Par Roger Bevan · Le Journal des Arts

Le 1 octobre 1994

Lors de la grande rétrospective de son œuvre présentée à la Tate Gallery, puis au Musée d’Orsay en février 1995, la carrière de James McNeill Whistler, éminent contemporain de Ruskin et de Morris, va être placée sous un jour nouveau.

LONDRES - L’exposition Whistler, après Londres et Paris, ira ensuite à la National Gallery of Art de Washington, où elle bénéficiera de la proximité de la Chambre aux paons, magnifique ensemble décoratif dû à Whistler, récemment restauré et remonté dans la Freer Gallery of Art de Washington.

Pour la Tate Gallery, son importante collection de tableaux de Whistler a constitué un atout de taille dans les négociations, alors qu’elle n’avait pas de monnaie d’échange comparable lors des expositions récentes de Manet (1983), Degas (1988-1989) et Seurat (1991). Selon l’un des commissaires de l’exposition, Richard Dorment, critique d’art du Daily Telegraph, Whistler doit être considéré comme un grand victorien, aussi important que John Ruskin – qu’il a affronté lors d’un âpre procès en diffamation – Thomas Carlyle ou William Morris, alors que par le passé, on a souvent été tenté d’en faire un précurseur de l’abstraction.

Né dans le Massachusetts, fils d’un ingénieur employé à Saint-Pétersbourg, il reçut à Paris l’enseignement de Charles Gleyre, devint disciple de Courbet et se lia d’amitié avec les membres de la génération impressionniste. Il fut initialement un artiste français, puis se réinventa, en s’inscrivant dans la grande tradition de l’école britannique du portrait et en adoptant un style nouveau, à la suite de ses visites aux expositions temporaires organisées par Henry Cole à South Kensington, où il avait pu admirer les tableaux de Van Dyck, de Reynolds et de Gainsborough.

Les organisateurs ont sélectionné dix-huit peintures à l’huile, quatre-vingt-quatre pastels, aquarelles et dessins, cinquante-trois eaux-fortes et lithographies et quatre ouvrages imprimés, ce qui constitue le regroupement d’œuvres de Whistler le plus important depuis les expositions commémoratives présentées à Boston en 1904, et à Paris et Londres en 1905. L’expo­sition donnera lieu à des rapprochements intéressants : par exemple, on verra côte à côte Symphony in White n° 1 : The White Girl, 1862, National Gallery of Art, Washington, dont la présentation au Salon des Refusés à Paris, en 1863, est restée mémorable, Symphony in white n° 2 : The Little White Girl, 1864, Tate Gallery et Symphony in White n° 3, 1865-67, Barber Institute, Birmingham, trois toiles dont le rôle est capital dans le développement de l’art de Whistler, et qui n’ont à ce jour jamais été montrées ensemble ; Arrangement in Grey and Black : Portrait of the Painter’s Mother, 1871, Musée d’Orsay, première peinture d’un artiste américain à être entrée dans les collections nationales françaises, sera associée à Arran­gement in Grey and Black n° 2 : Portrait of Thomas Carlyle, 1872-73, Glasgow Art Gallery and Museum, et à Harmony in Grey and Green : Miss Cecily Alexander, 1872, Tate Gallery, œuvre prêtée par le père de Miss Alexander à la Biennale de Venise, en 1899.

Parmi d’autres prêts importants, signalons Au piano, 1859, Taft Museum of Art, ainsi qu’une série de vingt-cinq peintures et œuvres sur papier revenues par legs à l’université de Glasgow en 1958, à la mort de l’exécutrice testamentaire de Whistler, Rosalind Bernie-Philip, et appartenant aujourd’hui au Hunterian Museum. Des salles sont réservées aux pastels vénitiens et aux nocturnes, ces vues sobres et belles de la Tamise, que Whistler créa entre les ponts de Battersea et de Westminster, en s’inspirant de la technique des aquarellistes britanniques, et qui forment une préfiguration intéressante des séries réalisées par Monet et par Pissarro.

Londres, Tate Gallery, James McNeill Whistler (1834-1903), 13 octobre-8 janvier 1995 ; Paris, Musée d’Orsay, 6 février-30 avril 1995, puis Washington, National Gallery of Art, 28 mai-20 août 1995.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°7 du 1 octobre 1994, avec le titre suivant : Whistler, un grand victorien

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