Washington sous le charme de Johannes Vermeer

750 000 visiteurs attendus… pour une vingtaine de tableaux !

Par Martin Bailey · Le Journal des Arts

Le 1 janvier 1996

L’exposition \"Johannes Vermeer\" à la National Gallery of Art de Washington réunit les deux tiers de l’œuvre connue du peintre. Même les conservateurs les plus blasés ont été vivement impressionnés par cette confrontation, à tous points de vue exceptionnelle, qui donne l’occasion à certains spécialistes d’affirmer que Vermeer a pu se rendre en Italie pour étudier.

WASHINGTON - Arthur Wheelock, conservateur du département des Peintures du Baroque du Nord à la National Gallery, raconte comment il a traversé seul, une fois l’accrochage fini, les salles de l’exposition, découvrant alors à quel point "les tableaux se répondaient les uns aux autres". Frederik Duparc, directeur du Mauritshuis de La Haye et co-commissaire de l’exposition, parle quant à lui de "l’expérience d’une beauté éclatante".

Tous les tableaux de Vermeer sont bien connus, non seulement parce que son œuvre est devenue extrêmement populaire, mais aussi parce que très peu d’entre eux nous sont parvenus. Et jamais depuis la mort du peintre, voici plus de quatre siècles, un nombre aussi important de ses tableaux n’avait été rassemblé : vingt et une toiles sont exposées à Washington sur les trente-cinq dûment recensées et reconnues par la majorité des spécialistes. Deux œuvres supplémentaires, prêtées par le Rijksmuseum d’Amsterdam, seront présentées à La Haye, à partir du 1er mars. Le Musée du Louvre a prêté La dentellière, mais pas L’astronome, jugé trop fragile.

La présentation des œuvres adoptée par la National Gallery est très aérée, avec le plus souvent une seule toile par mur. Malgré cette louable tentative de donner de l’espace aux tableaux, la poésie qui en émane perdra sans doute de son pouvoir d’enchantement lorsqu’ils seront entourés d’une foule compacte : 750 000 visiteurs sont attendus à Washington !

Énigmatique Vermeer
Pour beaucoup d’entre eux, la première salle de l’exposition devrait constituer une surprise. Les trois seuls tableaux historiés que Vermeer a peints, alors qu’il était âgé d’une vingtaine d’années, y sont en effet présentés : récemment restauré, Le Christ dans la maison de Marthe et de Marie provient de la National Gallery d’Édimbourg, Diane et ses compagnes est conservé au Mauritshuis et Sainte Praxède, montrée au public pour la première fois en 1969, est une copie de l’œuvre de l’artiste florentin Felice Ficherelli, qui fait aujourd’hui partie de la collection de la Fondation Barbara Piasecka Johnson. Ce sont des toiles de grand format, fort différentes de ses scènes d’intérieur, plus tardives.

Vermeer pourrait avoir étudié en Italie
Alors qu’il était tenu pour acquis que Vermeer avait passé la quasi-totalité de sa vie à Delft, un examen plus attentif de ces trois œuvres de jeunesse a conduit à une théorie nouvelle et audacieuse : Arthur Wheelock estime aujourd’hui que l’artiste, dont on connait mal l’apprentissage, pourrait avoir étudié en Italie. Cela expliquerait, d’une part, comment Vermeer a pu copier un original de Ficherelli, et d’autre part, les qualités "vénitiennes" de Diane et ses compagnes, particulièrement sensibles dans le traitement du ciel – avec ses pigments bleus sur une préparation sombre –, dans le paysage idéalisé, et du fait de la richesse des couleurs utilisées pour peindre les personnages.

L’une des salles les plus splendides de l’exposition est celle qui présente la quintessence de l’art de Vermeer en quatre tableaux – La femme en bleu lisant une lettre, La femme à la balance, La jeune femme à l’aiguière et La femme au collier de perles –, véritables variations sur le thème de la figure féminine solitaire, baignée dans une lumière venant d’une fenêtre toujours située sur la gauche du tableau.

À l’opposé, le tableau le plus controversé de l’exposition de Washington est la Jeune fille à la flûte, présentée sous l’étiquette "cercle de Vermeer", expression qui, selon une note du catalogue, reflète "les opinions divergentes des co-organisateurs".

JOHANNES VERMEER, National Gallery, Washington, jusqu’au 11 février ; puis au Mauritshuis, La Haye, du 1er mars au 2 juin. Billets en prévente pour l’exposition de La Haye dans les magasins Fnac, 73 F. Catalogue sous la direction de Ben Bross et Arthur Wheelock, éditions Flammarion, 56 ill. en coul. et 26 en noir et blanc, 224 p., 300 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°21 du 1 janvier 1996, avec le titre suivant : Washington sous le charme de Johannes Vermeer

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