Mercredi 14 novembre 2018

Voyage cosmétique

A Avignon, Éric Troncy conduit les œuvres avec virtuosité

Par Olivier Michelon · Le Journal des Arts

Le 13 juin 2003 - 625 mots

Revendiquant le statut d’auteur pour le commissaire d’exposition, Éric Troncy signe avec “Coollustre”? un accrochage tout en séquences et en narration. Servie par une sélection d’œuvres exceptionnelle, l’exposition ménage des dialogues riches entre les pièces, même si elle trouve dans la virtuosité de son auteur ses propres limites.

AVIGNON - Une exposition avec plusieurs artistes, c’est un peu comme une équipe de football, cela doit jouer collectif. Au choix, la tactique sera donc historique, thématique, générationnelle, manifeste… De son banc de commissaire d’exposition, Éric Troncy la joue “perso”, et surtout, “narrative”. Il dispose les œuvres comme des personnages, des éléments dramatiques ou scénographiques d’une histoire. Inspiré par la politique des auteurs qui a fait les beaux jours des cinéastes théoriciens de la Nouvelle Vague, le critique a, avec “Dramatically Different” (au Magasin de Grenoble en 1997) puis “Weather Everything” (au Musée de Leipzig en 1998), demandé un véritable droit de regard du commissaire. À l’invitation de la Collection Lambert en Avignon, “Coollustre” – dernier volet de la trilogie – fait preuve de la même liberté, accentuant encore le caractère cinématographique de l’affaire. Les œuvres plantent le décor et établissent une vingtaine de séquences aux atmosphères variées, parfois orientées par des paroles de chansons écrites sur les murs. Cela va du lumineux – l’Éclipse de néon de Mark Handforth installée dans le hall d’entrée – au sombre : une salle basse de plafond éclairée par une paire d’ampoules (Untitled (March 5th) #2, 1991) de Felix Gonzalez-Torres. Le Grand Hôtel (1982) de Claude Lévêque et ses photographies aux verres brisés font face au Dog from Pompei (1991) d’Allan McCollum, trois moulages en résine aux allures de reliques. Comme dans tout bon film, il y a aussi une scène de voiture. La Route, scoreboard n° 4 (2001), de Xavier Veilhan, est un panneau luminescent où des ampoules d’intensité variable font office de pixels. La route qui y défile projette un peu de sa lueur sur le pneu géant et à moitié translucide de Mark Handforth (Tyre (Across the Universe), 2000). Mais après la balade, retour à la grande ville avec des caissons lumineux signés Angela Bulloch (Blow-Up TV, 2000), les façades vitrées de Liam Gillick (Regulation Screen, 1999) et des lignes de fuite tracées par Sarah Morris (Pools, Blue Moon (Miami), 2002) et Ugo Rondinone (N° 216 Vierzehnteraugustzweitausendundnull, 2001).
À l’étage, le Tischgesellschaft, banquet aux trente-deux convives anonymes de Katharina Fritsch, prend lui des allures de monastère assiégé, achevant sa perspective sur un christ emballé dans des bandelettes de chantier par Kendell Geers (T. W. – INRI, 1995-2002).
Habile, l’accrochage d’Éric Troncy l’est assurément, d’autant qu’il s’appuie sur une sélection d’œuvres à la qualité exceptionnelle. Sa virtuosité en devient même un brin agaçante. L’intéressé joue à se faire peur en ressortant du placard La Mort (1999) de Bernard Buffet (terriblement tendance…) pour dresser dans la salle Sol LeWitt une chapelle funèbre, ou tombe dans sa propre caricature quand il accroche sur un papier peint Mao (1974) de Warhol le portrait de Kadhafi (1986) par BazileBustamante. Après “Dramatically different” et “Weather Everything”, “Coollustre” continue de tirer son titre d’un produit cosmétique de la marque Clinique ; dès lors, inutile de souligner l’aspect papier glacé et glamour de l’ensemble. Quand c’est moite, c’est artificiel. Les caddies dorés de Sylvie Fleury (série Ela 75/K (Go Pout), 2000) tournoyant au milieu des étoiles à paillettes de Stéphane Dafflon (AM 002) en disent assez, tout comme les silhouettes animées de Wendy Jacob en guise de SDF, posées au sol à proximité du sac poubelle en bronze de Gavin Turk (Bag 10, 2001).

COOLUSTRE

Jusqu’au 28 septembre, Collection Lambert en Avignon, 5 rue Violette, 84000 Avignon, tél. 04 90 16 56 20, tlj sauf lundi, 11h-18h, 11h-19h en juillet et août, www.collectionlambert.com. Catalogue à paraître.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°173 du 13 juin 2003, avec le titre suivant : Voyage cosmétique

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