Dimanche 25 février 2018

musée

A vos loupes !

Par Adrien Goetz · L'ŒIL

Le 7 janvier 2008

« Le portrait porte absence et présence »: l'art de la miniature illustre à la perfection la célèbre définition de Pascal. Cadeau pour le voyage, souvenir sentimental, objet avant d'être peinture, la miniature, médaillon, dessus de tabatière ou de boîte à bijoux, s'échange, se rend, se cache, comme un accessoire théâtral. Elle joue dans la rencontre sentimentale du XVIIIe siècle le rôle que tiennent aujourd'hui les échanges de « pics » sur Internet et les petites webcams posées chez soi, sur un bureau ou dans une chambre. Avant 1914, Ernest Cognacq avait réuni plus d'une centaine de miniatures, pour l'essentiel de la fin du XVIIIe, mais aussi du début du XIXe siècle. Quelques vrais chefs-d'œuvre, enfin catalogués scientifiquement et exposés, alors qu'ils dormaient dans les réserves de l'Hôtel de Thonon, grâce au dynamisme du conservateur, Georges Brunel, excellent spécialiste de Boucher et de l'art français du XVIIIe. Parmi les redécouvertes, des pièces rarissimes : quatre scènes de Racine peintes sur une lorgnette de théâtre dans les premières années du XIXe siècle, le portrait d'un jeune joueur de flûte, Henri Fontallard, peint par son père Jean-François, le portrait de l'actrice anglaise Frances Maria Kelly par H. Millet qui s'abrite du soleil avec la main et souligne l'éclat d'un regard plongé dans l'ombre. La miniature date de 1815-1820 : s'il s’était agi, quelques décennies plus tard, d'un daguerréotype, ce portrait serait considéré comme une œuvre d'exception. Or ces artistes miniaturistes sont restés les plus inconnus de leur temps : Jean-Antoine Laurent, Claude Lioux de Savignac, Saint-Ligié, sans compter les innombrables qui ne signaient pas et dont le nom s'est perdu. Grâce à eux, on peut vraiment parler, dans l'Europe des Lumières, avant l'invention de la photographie et les portraits-cartes de Nadar ou de Disdéri, d'un âge d'or du petit portrait. Cette superbe exposition rend justice à ces maniques habitués de la loupe et du pinceau à trois poils, elle nous console presque de l'absence de ces talentueuses cohortes dans les chapitres classiques des manuels d'histoire de l'art.

PARIS, Musée Cognacq-Jay, 8, rue Elzevir, tél. 01 40 27 07 21, 15 octobre-19 janvier.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°542 du 1 décembre 2002, avec le titre suivant : A vos loupes !

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