Vivre l’art, la collection Bernar Venet

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 23 février 2009 - 401 mots

Ami de Gottfried Honegger depuis 1975, il était naturel pour l’artiste Bernar Venet de dévoiler une partie de sa collection dans les murs de la Donation Albers-Honegger à Mouans-Sartoux.

La liste des invités est tout à fait impressionnante et rassemble le gratin de l’art conceptuel et minimal américain, les pères du Nouveau Réalisme, des figures du Land Art et du Body Art, des artistes concrets, le tout sous l’égide du maître Marcel Duchamp.
Bernar Venet le rencontra à la fin de sa vie et eut les honneurs d’une épitaphe en 1967 « La vente de vent est l’event de Venet ». Une distinction ambiguë que Duchamp n’aurait peut-être pas aimé voir placardée dans un lettrage extra-large. C’est d’ailleurs l’un des rares défauts de l’exposition que d’avoir forcé la dédicace à Bernar Venet des artistes exposés. Lorsqu’il s’agit d’œuvres (Arman, La Poubelle de Bernar Venet, 1971, ou François Morellet, Relâche Venet, 1996), l’exercice reste naturel et montre que cette collection s’est souvent bâtie sur des amitiés profondes. Mais lorsqu’il s’agit de feuilles signées, le procédé devient lourd. On aurait préféré alors une vraie salle consacrée au parcours de Bernar Venet. À peine croise-t-on une pièce magnifique dans la collection Albers-Honneger, un tableau de cartons d’emballage pliés et peints d’un rouge carrosserie. Mais au-delà de ce petit « souci », force est de constater l’extraordinaire qualité des pièces. Au détour des salles du château, on croise une Accumulation de vis d’Arman (1964) ou un décollage de Villeglé (Passage du Grand-Cerf, 1961), de tout premier ordre. Certaines des pièces sont de vraies raretés en France comme celle des conceptuels Art & Language, Map Not to Indicate (Iowa and Kentucky), soit le contour de ces deux États et la litanie de tout ce qui manque autour.
Le point d’orgue est résolument à la Donation. Rarement de tels ensembles de Sol LeWitt et Dan Flavin auront été présentés au public français. Remarquablement accrochées, les œuvres américaines donnent à la collection une valeur inestimable. La salle accordant six boîtes en aluminium de Donald Judd à une anti-forme de Robert Morris en feutre violacé, reliés par une ligne de parpaings en calcaire bleu de Carl Andre, est tout simplement un morceau d’anthologie. À ne rater sous aucun prétexte.

A voir

« Vivre l’art, Collection Venet », Espace de l’art concret, Château de Mouans-Sartoux, Mouans-Sartoux (06), tél. 04 93 75 71 50, jusqu’au 24 mai 2009.

Site Internet : www.espacedelartconcret.fr

Légende Photo : Carrosseries de voitures compressées, César, 1989 © D.R.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°611 du 1 mars 2009, avec le titre suivant : Vivre l’art, la collection Bernar Venet

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