Visions hugoliennes

L’écrivain-dessinateur est de retour en Belgique

Le Journal des Arts

Le 6 août 2008

Une centaine de lettres, documents et dessins réalisés par Hugo entre 1825 et 1885 offrent un résumé de l’œuvre graphique. Des vues pittoresques croquées au hasard des voyages et excursions jusqu’aux hallucinations les plus troubles, l’exposition témoigne d’une tradition que Victor Hugo a largement investie pour la renouveler.

BRUXELLES (de notre correspondant) - Après les jours sombres de son exil bruxellois, Victor Hugo est de retour au Musée d’Ixelles avec une centaine de pièces sorties pour un tiers des collections de la Bibliothèque nationale et, pour le reste, de collections privées belges et françaises. L’accent n’a pas été mis sur les “années belges” ni sur l’écho qu’il a trouvé en Belgique, d’où il fut chassé par un gouvernement craignant les velléités d’invasion de Napoléon III. On pourra regretter que cette partie peu explorée de l’histoire soit laissée dans l’ombre. S’appuyant sur une sélection sévère, l’exposition entend se constituer en rétrospective de l’œuvre graphique de cette figure de proue du Romantisme triomphant.

Les pièces retenues balaient le spectre des visions hugoliennes en soulignant les parallèles qui lient l’image au texte. À côté des dessins exécutés entre 1825 et 1885, les organisateurs ont multiplié documents inédits et lettres parfois ornées pour témoigner de l’unité d’une vision. Cet infatigable voyageur s’inscrit d’abord dans le contexte pittoresque tel qu’il s’était développé en Angleterre au XVIIIe siècle. Lavis et aquarelles se déploient parallèllement à ceux de Turner. En Belgique, tous deux ont visité parfois les mêmes sites : Namur, Bouillon, la Meuse s’éclairent de lumières contrastées, selon que l’un transforme ses éblouissements en hallucinations et que l’autre traque la moindre modulation de l’instant.

À travers les œuvres exposées, l’attachement de Victor Hugo pour l’architecture s’impose en dehors du carcan topographique. Le gothique se prête à la fantaisie jusqu’à déporter les édifices vus dans des espaces imaginaires qui se déploient en marge de l’écriture. Le regard nourrit la vision désormais dégagée de la représentation. Au-delà de ses castels oniriques et de ses marines de Jersey et Guernesey, Hugo explore un univers en train de se composer. L’expérimentation plastique est de mise afin de saisir ce fluide spirituel qui traverse le regard et fait de chaque image un poème plastique.

Accompagné d’un catalogue richement documenté, l’exposition réunit un nombre important de lettres et de dessins réalisés en Belgique : de Gand et de Malines, Hugo conserve le souvenir des anciennes cités flamandes avec leurs maisons crénelées ; de Villers-la-Ville et de Vianden, l’entrevision de ruines rongées par la nature comme le Romantisme aimait à les imaginer. La sélection permet de jeter un regard sur ce patrimoine qu’il défendra lors de son exil bruxellois.

VICTOR HUGO

Jusqu’au 25 avril, Musée d’Ixelles, 71 rue Van Volsem, 1050 Bruxelles, tél. 32 2 511 90 84, tlj sauf lundi 13h-18h30, sam.-dim. 10h-17h. Catalogue en couleurs, 160 p., 1 000 FB.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°78 du 5 mars 1999, avec le titre suivant : Visions hugoliennes

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