Vincent Lamouroux, une trajectoire fulgurante et toute tracée pour les musées

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 1 septembre 2006

À trente-deux ans, Vincent Lamouroux est l’un des artistes clés de l’exposition inaugurale « Cinq milliards d’années ». Il incarne la relève de la scène artistique hexagonale, comme en témoignent deux autres expositions à Saint-Nazaire et aux Arques depuis cet été.
En un an à peine et deux sculptures magistrales, l’une  plafonnant pour le Crédac d’Ivry-sur-Seine en septembre 2005, l’autre invasive et rapide pour le MAMCO de Genève l’hiver dernier, ce Français a frappé les esprits.

À la croisée de la sculpture et de l’architecture
Il y a trois ans, les habitués des galeries du XIIIe arrondissement parisien avaient peut-être remarqué un étrange sol en contreplaqué aux douces ondulations, qui occupait l’espace d’exposition de Corentin Hamel. Une sculpture-lieu déroutante pour le spectateur et un beau coup d’essai suivi d’une disparition. Reculer pour mieux sauter : Vincent Lamouroux a pris le temps d’une résidence américaine, d’effectuer des recherches sur l’histoire des montagnes russes, du paysage et les utopies architecturales pour revenir en force en 2005.
Sa double formation en arts plastiques et histoire de l’art n’est sans doute pas étrangère à ce
perfectionnisme, ce plaisir des sources maîtrisées qui étayent ses pièces. Elles sont rares, précises et redoutables pour perturber leurs lieux d’accueil.

Scape, l’échappée belle d’un artiste qui grimpe
C’est le cas de l’énorme sculpture en lévitation de cent trente mètres de long, disposée dans la nef du Palais de Tokyo et déjà éprouvée au MAMCO il y a quelques mois. Scape, dessine autant un paysage en négatif (landscape) qu’une échappée (escape) avec sa trajectoire de métal dessinée par trois rails ponctués de cerclages d’un mètre quatre-vingt de diamètre.
La taille standard d’un homme ; le détail n’est pas anecdotique. Il renforce chez les spectateurs à la fois une proximité et une impression de hors-norme inquiétante.
Simple, évidée, la sculpture est simultanément en attente et déjà dépassée par un souffle puissant, une impression de vitesse inhumaine.
L’artiste a pensé à la sculpture minimale et aux montagnes russes, aux films, à la littérature de science-fiction et à l’urbanisme. Son œuvre en est le mélange, menaçante rampe de lancement dans l’hypothèse d’un projectile qui viendrait perforer les murs du Palais et bousculer le visiteur.
En jouant sur les focales et les ondes, Vincent Lamouroux a le minimalisme trompeur, affûté par une volonté de résister au bâti et de brasser les références. Patient, méticuleux, il procède par projets ambitieux sans être péremptoire et manie le monumental sans tomber dans la facilité de l’effet specta­culaire. L’échelle a toujours ses raisons et dans les prochains mois, sa forte présence au sein de l’actualité attestera de son talent.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°583 du 1 septembre 2006, avec le titre suivant : Vincent Lamouroux, une trajectoire fulgurante et toute tracée pour les musées

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