Vendredi 19 octobre 2018

Velázquez

Itinéraire d'un parfait courtisan

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 1 décembre 2006 - 756 mots

Londres rend hommage au peintre du Siècle d’or espagnol. Une cinquantaine d’œuvres retrace les grandes étapes de sa vie, qui sont aussi des jalons dans l’évolution de son art.

Maître incontesté de la peinture espagnole, le portraitiste officiel de Philippe IV d’Espagne incarne la figure du génie précoce qui essouffla son énergie en acceptant le carcan de la cour. Sa biographie demeure cependant mâtinée de zones d’ombres, et peu d’éléments nous sont parvenus sur sa vie privée, tous ses papiers personnels ayant disparu après sa mort.

La course à l’ascension sociale
Né à Séville en 1599 dans une famille de petite noblesse d’origine portugaise, le jeune Diego démontre rapidement ses talents de dessinateur. À l’âge de 12 ans, il intègre l’atelier de Francisco Pacheco (1564-1644), peintre maniériste et esprit brillant dont il deviendra le gendre en 1618. Pacheco lui inculque une solide formation technique et lui fait découvrir, par la gravure et la copie, le caravagisme.
Ce courant va marquer profondément les peintures de jeunesse de Velázquez, qui sont aussi ses premiers chefs-d’œuvre. Dans ses bodegones – scènes populaires agrémentées de natures mortes –, l’Espagnol utilise un même ténébrisme, tout en accentuant la réalité des détails, comme l’illustrent brillamment La vieille femme faisant cuire des œufs (1618) et Le Marchand d’eau de Séville (1617-1623), morceaux de démonstration de ses multiples talents.
En 1622, Velázquez tente sans succès de se faire remarquer de la cour en se rendant à Madrid. Il y parviendra l’année suivante en obtenant les faveurs du premier gentilhomme de la cour, Gaspar de Guzmán y Fonseca, comte d’Olivares. Le 30 août 1623, le Sévillan obtient sa première commande officielle : un portrait du jeune roi Philippe IV (non présenté dans l’exposition). Il entame dès lors une longue course à l’ascension sociale qui aboutira, peu avant sa mort, à l’obtention de la charge prestigieuse de grand maréchal du palais.
Devenu un parfait courtisan, Velázquez profite de sa présence à Madrid pour étudier les collections royales constituées par Charles Quint et Philippe II, et riches d’œuvres de Titien, Véronèse ou Tintoret, qui l’influencent dans l’éclaircissement de sa palette.
La venue de Rubens à la cour d’Espagne, en 1628, est également décisive. Le maître flamand le convainc en effet de se rendre en Italie pour parfaire sa formation. En août 1629, Velázquez entreprend donc un long voyage qui le mène à Gênes, Milan, Venise et enfin Rome, où il découvre in situ les fresques de Raphaël pour les loges du Vatican, qu’il ne connaissait jusqu’alors que par la gravure. Ce contact avec l’art italien enrichit sa peinture, comme l’illustrent plusieurs tableaux, dont la célèbre Forge de Vulcain (1630), où les personnages ont la vigueur de la statuaire antique.

Dans l’entourage du roi
De retour à Madrid, Velázquez – qui se plaint de la modicité de son traitement – poursuit sa quête de charges officielles. Les travaux de décoration du palais du Buen Retiro le distraient de son activité de portraitiste, dans l’ambiance d’une cour bientôt endeuillée par les disparitions successives de la reine puis de l’infant Balthazar Carlos, dont Velázquez avait réalisé plusieurs portraits monumentaux.
En janvier 1649, le peintre obtient l’autorisation de s’échapper de nouveau vers la douceur de vivre romaine, pourvu d’un mandat très officiel d’achat de tableaux et d’antiques pour le compte de la couronne. Il y exécute quelques-uns de ses plus beaux portraits, dont celui du pape Innocent X, et noue une liaison avec une jeune Romaine qui lui donnera un fils naturel. La splendide Vénus au miroir, seul nu de la peinture espagnole du xviie siècle – en pleine période d’Inquisition –, témoigne vraisemblablement de cette passion tardive. Le courtisan doit toutefois regagner Madrid sur injonction royale en 1651.
Il se consacre alors aux décors royaux, à l’exécution de son chef-d’œuvre, Les Ménines (1656, non présenté dans l’exposition), puis à l’organisation des fêtes du mariage de l’infante Marie-Thérèse avec le jeune Louis XIV, qui doit sceller la réconciliation avec la France. Velázquez décède quelques mois plus tard, en août 1660, probablement emporté par une maladie épidémique.

Biographie

1599 Don Diego Rodriguez de Silva y Velásquez naît à Séville. 1617 Reçu brillamment dans la corporation des peintres. 1618 Épouse Maria Pacheco, fille de son maître sévillan. 1623 Il est nommé peintre du roi Philippe IV. 1628 Achève la célèbre composition Bacchus couronnant des ivrognes. 1629 Premier séjour en Italie suite à sa rencontre avec Rubens. 1647 Nouveau séjour italien sur demande du roi. Il réalise la Vénus au miroir, seul nu de la peinture espagnole du XVIIe siècle. 1656 Les Ménines. 1660 Décès de Diego Velásquez.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°586 du 1 décembre 2006, avec le titre suivant : Velázquez

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