Van Dongen, de la couleur avant toute chose

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 mai 2005

Attaché aux fauves, avec qui il fait scandale en 1905, Kees Van Dongen a toujours joué avec la couleur. Sa palette aux tons singuliers l’a mené parfois à des expériences chromatiques audacieuses.

1905... 2005??? Voilà cent ans naissait le fauvisme. C’était au Salon d’automne, à Paris. Dans l’une des salles, où avait été placée au milieu une sculpture de style florentin d’un nommé Marque, on avait rassemblé les peintures rugissantes de couleurs d’un petit groupe de jeunes artistes. Le scandale n’allait pas tarder à éclater : « Donatello chez les fauves ! » devait s’écrier le critique d’art Louis Vauxcelles, choqué par l’écart esthétique entre l’œuvre de l’un et la peinture des autres. Une formule choc aussitôt suivie par le commentaire de Camille Mauclair qui, devant la violence chromatique des peintures exposées, écrivit qu’un « pot de couleurs avait été jeté à la figure du public ». Qui étaient ces jeunes peintres ? Il y avait là Matisse, Derain, Vlaminck, Braque et quelques autres – et, parmi eux, figurait Van Dongen.
Rien d’étonnant qu’en cette année centenaire, le musée des Beaux-Arts de Nice qui possède plus d’une quinzaine de tableaux de l’artiste ait souhaité lui rendre hommage en célébrant cette passion de la couleur qui lui tenait à cœur et au corps. Né dans les faubourgs de Rotterdam en 1877, mort à Paris en 1968, Kees Van Dongen est venu s’installer à Paris, au fameux Bateau-Lavoir, à la toute fin du XIXe siècle. Très vite, il intègre le milieu de l’art, se lie d’amitié tant avec Picasso qu’avec Fénéon, se fait illustrateur pour quelques titres comme L’Assiette au beurre, participe à différents salons où il ne tarde pas à se faire remarquer. Après que le fauvisme a éclaté, s’il est catalogué par la critique comme un fauve « atypique », c’est qu’il privilégie une iconographie essentiellement de figures, parfois nues, et qu’il utilise une palette chromatique de tons singuliers qui mêle avec brio les roses, les violets et les verts, comme en témoigne son Nu debout (Mlle Edmonde Guy). Installé à Montparnasse au lendemain de la guerre, l’artiste affirme un art de plus en plus décoratif qui accorde à la couleur toute son attention, toute sa passion. Il s’impose alors comme l’une des figures emblématiques des années folles, passe pour l’organisateur de fêtes dont l’éclat devient vite légendaire et connaît un succès que d’aucuns taxent de facile. Dans ses portraits et ses scènes d’intérieur, Van Dongen se montre pourtant un observateur aigu de la société parisienne, de la vie tout à la fois mondaine, nocturne et festive de la capitale. Mme Jenny (1923) ; L’Ambassadeur d’Haïti (1923-1924) ; Le Portrait de Léopold II (1936)..., tous défilent sous ses pinceaux. La frénésie et l’extravagance de sa vie au quotidien l’entraînent à composer des œuvres qui sont parfois d’une audace chromatique extrême comme cette Mlle Miroir, Mlle Collier, Mlle Sofa (vers 1918-1925) : sur fond monochrome d’un rouge pétant, Van Dongen place trois figures féminines aguichantes, conférant à sa peinture une sensualité à fleur de peau. L’exposition niçoise centrée sur cette période présente par ailleurs un ensemble de quelque cinquante œuvres – lithographies, affiches, livres illustrés... –  de la collection Rudolf Engers (Pays-Bas) qui illustrent l’intérêt du peintre pour d’autres expérimentations plastiques.

« La passion Van Dongen », NICE (06), musée des Beaux-Arts, 33 avenue des Baumettes, tél. 04 92 15 28 28, 22 avril-25 septembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°569 du 1 mai 2005, avec le titre suivant : Van Dongen, de la couleur avant toute chose

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