Vendredi 14 décembre 2018

Van Dongen chroniqueur

Les premières œuvres sur papier à Lyon

Le Journal des Arts

Le 1 février 1997 - 440 mots

Coïncidant avec l’ouverture des nouvelles salles du Musée des beaux-arts de Lyon consacrées au XXe siècle, l’exposition Van Dongen permet de découvrir les débuts d’un peintre qui s’essaya au compte rendu social engagé avant d’accéder à l’histoire de la peinture moderne.

LYON - Exhumés après plusieurs années de recherches, ces premiers travaux de Kees Van Dongen (1877-1968) décrivent avec précision les années de formation d’un peintre dont on ne connaissait que les beaux tableaux fauves et les portraits mondains des années 1930. Très vite attiré par Paris, alors capitale artistique incontestée, Van Dongen voyage régulièrement entre Rotterdam et l’effervescence des avant-gardes naissantes. Plus d’une centaine de dessins, encres et aquarelles, ainsi qu’une vingtaine d’œuvres contemporaines – Picas­so, Matisse, Marquet… – retracent ce parcours.

De ses fréquentations, Van Dongen acquiert la nécessité de se trouver un style. Mais il y trouve aussi ses premières occasions de travailler. Illustrateur pour de nombreux journaux – la photographie n’a pas encore détrôné le dessin –, il s’inspire fortement du style dominant : ligne graphique puissante, qui ne dédaigne pas l’effet spectaculaire, et "plans" serrés. Le résultat s’impose autant par l’économie des moyens que par la rapidité du trait.

Compatir et dénoncer
Vite considéré comme un dessinateur de talent, il s’engage aussi dans un travail de dénonciation de la condition ouvrière et affiche ses sympathies anarchistes. Plusieurs séries, pour la première fois réunies, dressent un portrait d’une société éminemment inégalitaire, où rentiers, cocottes et ouvriers se côtoient sans se mêler : quartier chaud de Rotterdam (1898-1902), femmes à la toilette (1904), fêtes foraines (1905).

Un autre ensemble dépeignant la vie d’une prostituée et de sa fille, commandé en 1901 par L’Assiette au beurre, montre le quotidien, la déchéance et l’inéluctabilité d’une destinée qui se transmet de mère en fille. Crues, parfois proches d’un pathos naturaliste, certaines planches giflent, par leur vigueur expres­sionniste, le spectateur devenu voyeur.

Ayant, par habileté ou par nécessité, opté pour une ouverture en cinq "actes", le Musée des beaux-arts de Lyon relance ainsi régulièrement l’attention, sans avoir à souffrir d’une fermeture aussi longue qu’intempestive. Depuis quelques jours, il présente, dans les locaux autrefois occupés par le Musée d’art contemporain et la Paierie municipale, ses collections du XXe siècle. Certes moins flamboyantes que la partie classique, ces nouvelles salles entièrement remaniées présentent en cent cinquante tableaux quelques axes forts autour des avant-gardes russes, du Cubisme, de Picasso ou de la nouvelle école de Paris. Mais au-delà des années 1950, les collections sont clairement déficientes, hormis peut-être un ensemble consacré à la Figuration narrative. Les 950 m2 consacrés aux expositions temporaires se situent au rez-de-chaussée et disposent d’une entrée autonome sur la rue Édouard-Herriot.

VAN DONGEN RETROUVÉ, jusqu’au 6 avril, Musée des beaux-art de Lyon, 20 place des Terreaux, tél. 04 72 10 17 40, tlj sauf lundi et mardi 10h30-18h. Journal distribué gratuitement ; catalogue 330 p., 340 F. L’exposition sera présentée à Paris du 16 avril au 8 juin, à l’Institut néerlandais.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°33 du 1 février 1997, avec le titre suivant : Van Dongen chroniqueur

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