Cernuschi

Va-et-vient

Le Journal des Arts

Le 3 mars 2009

Les peintures chinoises anciennes sont exposées en regard de la collection contemporaine du musée.

PARIS - Après une longue campagne de restauration, la collection de peintures chinoises d’époque impériale du Musée Cernuschi , à Paris, sort enfin de ses réserves. Son exposition vient compléter la collection d’œuvres contemporaines du musée et offre ainsi une mise en perspective historique. Opérée par Camille Schmitt et Claire Illouz, cette difficile restauration des peintures endommagées par une exposition prolongée dans de mauvaises conditions (en pleine lumière et tirées sur des châssis à l’occidentale), a été rendue possible par les échanges culturels tissés avec la Chine pour développer les connaissances nécessaires pour ces restaurations spécifiques. Tout comme Camille Schmitt qui se plaît à opérer « dans les tripes de la peinture », le parcours propose une vision détaillée de la culture chinoise. L’histoire de la Chine se déploie dans une scénographie didactique qui souligne la cohérence de la collection d’Henri Cernuschi.

Troubles et mutations
De 1368 jusqu’à la période contemporaine, chaque espace suit l’évolution, les troubles et les influences de cette civilisation. Une des premières grandes toiles, au format rare car inhabituellement long, est celle de L’Académie Hanlin d’époque Qing. Par son sujet – le banquet de commémoration tenu par l’empereur Qianlong pour la rénovation de l’Académie – et par son traitement – une vue aérienne caractéristique alliant une fausse perspective isométrique à une recherche de point de fuite –, l’œuvre illustre l’apogée de l’art de cour de l’ancienne Beijing, capitale culturelle de cette dynastie Mandchoue en quête de légitimité. À chaque époque, les évolutions du trait du pinceau révèlent des mutations culturelles. En témoigne la technique de la peinture au doigt, à laquelle Gao Qipei donna ses lettres de noblesse, ou la calligraphie cursive de type archaïque de Kang Youwei, penseur réformiste qui accompagna l’avènement de la République. La fonction des images, qu’elle soit politique ou esthétique, dépasse la simple apparence. Les nus féminins de Pan Yuliang traduisent par leur liberté d’expression l’ouverture à l’Occident au XXe siècle. Cette libération du trait dans la peinture chinoise est poussée de façon encore plus radicale par le peintre Fu Baoshi qui exulte dans Tempête, avec un pinceau chargé d’encre sur un lavis clair, barré ensuite par de larges éclaboussures d’eau. Dans cette époque où l’influence nippone est prégnante, Fu Baoshi exprime aussi un retour à l’héritage chinois.
À l’image de cette peinture de paysage traditionnelle qui doit se lire comme un cheminement de l’esprit dans la toile, l’exposition offre un va-et-vient dans la collection entre les toiles, leurs techniques, l’Histoire, l’esthétique et l’évolution d’une pensée entre tradition et modernité.

SIX SIÈCLES DE PEINTURES CHINOISES. ŒUVRES RESTAURÉES DU MUSÉE CERNUSCHI, jusqu’au 28 juin, Musée Cernuschi, 7, avenue Vélasquez, 75008 Paris, tlj 10h-18h sauf lundis et jours fériés, tél. 01 53 96 21 50, www.cernuschi.paris.fr. Catalogue d’exposition, éd. Paris Musées, 44 euros, ISBN 978-2-7596-0075-5. Conférence à l’Institut national du patrimoine (INP) à Paris, les 19 et 20 mars (lire p. 34).

SIX SIÈCLES DE PEINTURES CHINOISES
Commissaire de l’exposition : Éric Lefebvre
Nombre d’œuvres exposées : 82

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°298 du 6 mars 2009, avec le titre suivant : Va-et-vient

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