U.S. Design

Des créations hybrides

Le Journal des Arts

Le 28 avril 2000

Constatant que « personne n’avait encore évalué, pour le grand public, l’évolution et le rôle du design aux États-Unis », le Musée Cooper-Hewitt inaugure à New York la première Triennale nationale de design. Elle rassemble succès commerciaux et créations architecturales afin d’en identifier les spécificités.

NEW YORK (de notre correspondant) - La nouvelle Triennale nationale de design tente d’apporter une certaine légitimité au design américain et d’abolir l’idée que ses créateurs piochent leurs idées en Italie, en Grande-Bretagne, en Allemagne et au Japon. Pour Steven Holt, co-commissaire de la Triennale avec Donald Albrecht, elle marque un tournant. Aujourd’hui, le design américain se distingue par ses réalisations hybrides, issues d’une convergence de disciplines, de matériaux et de technologies. Les baskets Nike Air Jordan III ont été conçues par un architecte, Tinker Hatfield, qui a fait ses classes en réalisant les plans des bureaux et des magasins de la société. Le design est au cœur d’une économie américaine en mutation, qui s’éloigne de la fabrication lourde et propose des idées, des loisirs, des projets et des logiciels. Le consommateur réclame aujourd’hui des vêtements plus beaux, de meilleurs équipements et matériaux pour sa maison et, grâce à une conjoncture favorable, il dispose d’un pouvoir d’achat suffisant pour les acquérir.

S’il fallait trouver un emblème du design de ces dernières années aux États-Unis, nul doute qu’il s’agirait de l’iMAC, le dernier ordinateur d’Apple, aux lignes courbes et “biomorphiques”. “On voit une certaine fluidité, une approche aérodynamique des choses, tant à la vue qu’au toucher, dans le design d’une interface, dans la typographie et surtout dans les produits”, explique Donald Albrecht. Ses couleurs organiques (framboise, mandarine) suggèrent que le design américain a dépassé l’ère du beige omniprésent. Autre tendance forte, même si elle ne présente rien de franchement nouveau, l’informatisation de l’architecture, mise en évidence par Frank Gehry qui a scanné des éléments de design réalisés à la main. La jeune génération d’architectes semble abandonner peu à peu le papier et le crayon pour travailler directement sur ordinateur.

Dans une section consacrée aux marques, les designers prouvent qu’ils ont retenu les leçons d’Andy Warhol et de Salvador Dalí : la griffe d’un objet peut à elle seule le distinguer des autres et en faire monter le prix. On y trouve un assortiment de peintures, de graines de fleurs et d’insecticides commercialisés par Living Omnimedia, l’empire de la maison et du jardin fondé par Martha Stewart, énorme succès populaire et commercial. Pour Donald Albrecht, “Martha Stewart incarne l’idée que Monsieur Tout-le-Monde se fait du design”.

D’après Steven Holt, tout est devenu produit, et l’exposition fait passer le message : “Je pense que c’est ce que nous avons retenu du côté hollywoodien de la culture américaine, où l’industrie du film n’est que produit. Nous assistons aujourd’hui à la “produification” des choses, des gens et de l’identité”. “Les designers sont les nouvelles rock stars, poursuit-il. Ce sont des vedettes, aussi authentiques que les musiciens et les athlètes l’ont été autrefois. Les designers sont investis d’une tâche héroïque car le design est véritablement l’art de notre temps. Il est partout.”

Pourtant, ce panorama du design américain présente de sérieuses lacunes. Outre la pénurie d’objets faits à la main, la Triennale présente peu de mobilier domestique, fait étrange si l’on considère l’ampleur de l’industrie et du marché du meuble aux États-Unis. Pour des raisons de logistique, aucune voiture, symbole de l’Amérique du XXe siècle, n’est exposée. Et aucun objet ne vient incarner les avancées technologiques récentes de l’aéronautique, de l’aérospatiale ou de la médecine. Si, comme l’ont promis les organisateurs, le Cooper-Hewitt envisage de traiter le sujet efficacement, il devra s’assurer un espace d’exposition plus vaste que celui dont il dispose sur la Cinquième Avenue.

- National Design Triennial : DESIGN CULTURE NOW, jusqu’au 6 août, Cooper-Hewitt National Design Museum, 2 East 91th Street, New York, tél. 1 212 849 84 00, www.si.Edu/ndm, tlj sauf lundi 10h-17h, mardi 10h-21h, dimanche 12h-17h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°104 du 28 avril 2000, avec le titre suivant : U.S. Design

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