Mercredi 12 décembre 2018

Une révolution biologique

« Biozones » science et conscience au Blanc-Mesnil

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 2 mars 2001 - 479 mots

Vache folle, plantes transgéniques, génome humain : nous vivons actuellement une révolution biologique, voire biotechnologique. Face à ces mutations qui engendrent une cohorte de problèmes d’éthique, ne cesse d’être posée la question des droits des êtres humains. L’exposition « Biozones », au Blanc-Mesnil, réunit une dizaine d’artistes qui abordent, explicitement ou implicitement, quelques-unes de ces problématiques.

BLANC-MESNIL - Sandy Skoglund est une artiste rare. C’est avec d’autant plus de plaisir que nous la retrouvons au Blanc-Mesnil. Cette Américaine conçoit des installations uniques qui jouent sur des unités de couleur et des perturbations de repères spatio-temporels. Ses œuvres sont les premières que découvre le visiteur de “Biozones”, puisque deux de ses photographies, Maybe Babies et Revenge of the Goldfish, ont été agrandies sur bâches et installées sur la façade du Forum Culturel. Une seconde création de Skoglund occupe l’entrée du bâtiment, un environnement constitué d’objets rouges et réalisé en collaboration avec des collégiens de la ville.

Effectivement, l’exposition “Biozones” ne se contente pas d’un effet de collage, ne se réduit pas à une proposition isolée, hors contexte, parachutée au milieu de cette cité de la banlieue nord de Paris. La manifestation s’accompagne ainsi d’un programme de sensibilisation du public, organisé avec “Passage à l’art”. Dans la même logique, Olivier Lounissi a dirigé un atelier informatique et Grégoire & Petetin ont mis en réseau les habitants de la cité des Courtillières de Pantin et ceux d’un quartier du Blanc-Mesnil. Les deux architectes proposent aussi dans l’exposition un parcours virtuel présenté sous la forme d’un jeu vidéo sur grand écran. À côté, Olivier Lounissi a conçu un film en images de synthèse qui met en scène des mannequins de la sécurité routière dans des positions de concours de culturisme. Peut-être moins humoristique, l’installation sur la mémoire et le cerveau de Jean-François Chermann se décline sous la forme de panneaux scientifiques, d’un film et d’un appareil de mesure. Poussant plus loin encore le bouchon, Art Orienté objet présente Pioneer Farm, un ensemble d’animaux ayant souffert de mutations génétiques et provenant d’un monde qui semble, lui aussi, avoir subi quelques modifications.

Au-delà de ce concept très biologique de “Biozones”, d’autres propositions d’artistes s’inscrivent plus largement dans une approche sociologique. Ainsi des galeries de portraits, photographies et cédérom, proposées par Luc Choquer, images mettant chaque fois en scène des femmes et des hommes chez eux. Massimo Vitali les montre en revanche vautrés sur des plages ou se baignant dans la mer. Un double visage moins idéalisé que celui que Claude Closky présente dans son magazine Beautiful Faces.

Éclectique, “Biozones” semble ainsi naviguer entre plusieurs eaux. Faute de choix clair dans la problématique, l’exposition perd de la consistance, pour être plus légère, allégée. Bio en somme.

- BIOZONES, jusqu’au 31 mai, Forum Culturel, 1/5 place de la Libération, 93150 Blanc-Mesnil, tél. 01 48 14 22 22, mardi 14h-20h30, mercredi-vendredi 14h-19h, samedi 14h-18h ; Internet : www.expo-biozones.com

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°122 du 2 mars 2001, avec le titre suivant : Une révolution biologique

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