Vendredi 25 septembre 2020

Art contemporain

Nice 2015

Une Promenade à redécouvrir

Par Pauline Vidal · Le Journal des Arts

Le 15 septembre 2015 - 1012 mots

NICE

Dans la perspective d’une candidature au Patrimoine mondial de l’humanité, la ville de Nice propose quatorze expositions originales sur le thème de la « Promenade des Anglais ».

Après Henri Matisse, c’est au tour de la Promenade des Anglais (la « Prom’ » comme disent certains Niçois) d’être la vedette d’un nouveau cycle d’expositions lancé par la Ville de Nice. « Nice est la ville qui a la plus forte fréquentation muséale en France, après Paris. Nous accueillons 750 000 visiteurs par an », souligne Olivier-Henri Sambucchi, directeur adjoint des services, chargé de la culture. Et de poursuivre : « Nous avons voulu redéfinir l’ambition dont nos musées peuvent être porteurs. […] Il y a deux ans, en 2013, c’était l’anniversaire du Musée Matisse. Nous avons profité de cette occasion pour célébrer également l’ensemble de nos établissements en les mettant tous en réseau pour la première fois. C’est ainsi que nous avons proposé un programme de huit expositions dans huit de nos structures autour de ce thème matisséen. L’objectif était de faire travailler ensemble, sous un commissariat général unique, l’ensemble de nos musées et de nos conservateurs. »

13 institutions
Forte du succès de ce premier opus qui a attiré 280 000 visiteurs, la ville de Nice a décidé de renouveler l’opération tous les deux ans. Dotée d’un budget identique à celui de 2013 (soit près d’un million d’euros), et bien que l’événement ait été préparé en moins d’un an, l’édition 2015 a pris de l’ampleur. Elle mobilise treize structures qui présentent au total quatorze expositions.

Parmi les nouveaux venus, notons la présence de trois institutions nationales, le Musée Chagall, le Musée des sports et la Villa Arson, alors que l’édition précédente ne comptait que des établissements municipaux ; ces lieux financent sur leur budget propre leur participation. Cette densité n’est pas sans rapport avec le thème mis en avant en 2015, et surtout la perspective plus large de sa reconnaissance en tant que patrimoine mondial. « Cette année, nous avons eu l’idée de la Promenade des Anglais car la Ville de Nice souhaite poser sa candidature [pour une inscription sur] la Liste du patrimoine de l’Unesco », explique Jean-Jacques Aillagon, commissaire général de la manifestation, de même qu’en 2013). Le maire m’ayant confié cette candidature, il fallait que cette manifestation devienne l’un des arguments de la candidature. »

Source d’inspiration
L’idée de cette candidature est née il y a environ un an et demi. Parallèlement, les recherches menées autour du thème ont permis d’élargir le périmètre imaginé au départ. Il concerne la Promenade des Anglais et la ville nouvelle de Nice, la ville d’hiver. Célébrée pour la douceur de son climat, Nice a attiré dès la fin du XVIIIe siècle une clientèle huppée d’aristocrates anglais, suivie des Russes et de toute l’élite européenne. La reine Victoria, l’impératrice Alexandra Feodorovna séjourneront dans la cité azuréenne. Des résidences princières, des casinos, des opéras furent érigés sur ce lieu réputé favorable à la guérison de la tuberculose et devenu espace de sociabilité.

Au fil du temps, le tourisme hivernal et élitiste des débuts laissa place au tourisme estival de masse. Avec près de 700 documents (des récits de voyages du XVIIIe siècle aux toiles de Max Beckmann et de Matisse en passant par les photographies remarquables de Charles Nègre ou les films inédits des Frères Lumières), c’est cette histoire que raconte avec brio le Musée Masséna. « Cette exposition est la porte d’entrée de la manifestation, souligne Jean-Jacques Aillagon. Elle renvoie aux autres expositions, en présentant des artistes qui bénéficient par ailleurs d’expositions monographiques. » Sont en effet célébrés dans les musées qui portent leur nom les grands maîtres de la peinture moderne, Henri Matisse et Marc Chagall, lesquels ont puisé leur inspiration sur la baie, participant à créer l’imagerie hédoniste attachée à la Côte d’Azur. Raoul Dufy bénéficie également au Musée des beaux-arts d’une exposition réussie comportant d’importants prêts. « Je pensais que le thème de “Dufy et Nice” avait fait l’objet d’un bilan, mais il n’en est rien », relève Marie Lavandier, directrice des musées de Nice et commissaire de l’exposition.

La Prom’ se révèle ici un sujet de recherche qui, loin d’avoir été épuisé, comporte des pans entiers restant à explorer. Derrière l’image de carte de postale internationalement connue, se cache un véritable objet culturel. Le Palais Lascaris nous introduit par exemple dans les fabuleuses fêtes organisées par les Tissier à l’hôtel Ruhl (détruit en 1970) de 1924 à 1926. D’autres angles d’approche tout aussi originaux sont proposés, ainsi à la galerie des Ponchettes sur l’histoire des galets. Mais la manifestation pourra-t-elle être reconduite tous les deux ans d’une manière aussi pertinente et cohérente ?

Quand les artistes contemporains s’emparent de la Prom’

Dans le cadre de « Nice 2015 », le Mamac montre comment la Promenade des Anglais a pu inspirer les artistes contemporains, de l’après-Seconde Guerre mondiale jusqu’à nos jours. Composée en deux temps, l’exposition révèle que ce lieu mythique a servi d’abord de décor à de nombreuses performances ou installations. Dans les années 1960-1970, Nice n’avait ni centre d’art ni musée consacré à la création contemporaine, les artistes n’hésitent alors pas à investir la Prom’, au risque d’être arrêtés par la police. Dès 1947, Yves Klein, Arman et le poète Claude Pascal y imaginent un partage du monde. On y croise également les membres du groupe Fluxus, et notamment Ben Vautier. Un vent frais et désinvolte souffle sur la baie, en guise de pied de nez aux institutions. Supports-Surfaces n’est pas de la partie, le groupe préférant l’intérieur des terres au bord de mer. Notons toutefois la présence de Noël Dolla, qui intervint en 1980 sur la plage où il creusa d’immenses trous remplis de pigments naturels, étendant la peinture à l’échelle du paysage.
La deuxième partie de l’exposition, consacrée à des œuvres plus contemporaines, laisse place à une inquiétude mâtinée de désenchantement. Philippe Perrin réactualise avec Blanc comme neige un simulacre d’élection imaginé en 1994. L’heure est venue de montrer l’envers du décor. Les jeunes artistes détournent avec plus ou moins de bonheur les clichés de la Prom’.

« La Prom’ pour atelier », jusqu’au 4 octobre, au Mamac, place Yves-Klein, 06000 Nice

Nice 2015, Promenade(s) des Anglais, 14 expositions dans 13 musées et galeries de la ville, dont la plupart s’achèvent le 4 octobre, promenadedesanglais2015.nice.fr

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°441 du 18 septembre 2015, avec le titre suivant : Une Promenade à redécouvrir

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