Dimanche 18 février 2018

Magritte : la rétrospective et ses prolongements

Une monographie qui renouvelle une vision stéréotypée

Le Journal des Arts

Le 8 janvier 2009

Si Magritte a été beaucoup exposé ces dernières années, la présentation bruxelloise commémorant le centenaire de la naissance du peintre livre au spectateur un nombre appréciable d’œuvres rarement exposées.

BRUXELLES (de notre correspondant) - Malgré le grand nombre de travaux réunis – quelque 350 œuvres –, l’exposition n’est jamais pesante tant le circuit, aéré, donne à l’ensemble un sens progressif. La sobriété de la mise en scène laisse parler les tableaux ; les sections documentaires campent parfaitement le contexte ; les citations de l’artiste brouillent magnifiquement la trop simple lecture d’œuvres si souvent reproduites et citées. Les organisateurs, épaulés par la Fondation Magritte et par Charly Herscovici qui n’a pas ménagé ses efforts pour faire de la rétrospective bruxelloise une référence absolue, ont dégagé Magritte des lieux communs dans lesquels la culture médiatique, qui a exploité à foison ses “trucs” poétiques et ses “combines” plastiques, l’avait enfermé.

L’un des grands mérites de l’ex-position réside dans la lecture renouvelée qu’imposera la confrontation d’un ensemble où se détache nombre de toiles et de gouaches rarement présentées. Aux chefs-d’œuvre incontournables, de L’Homme du large à La Fée ignorante en passant par Le Viol ou L’Empire des lu­mières, répond une série d’œu­vres qui permet de mieux appréhender l’évolution de Magritte dans sa recherche d’un absolu poétique en peinture.

Des premiers essais dans le sillage de l’avant-garde et de l’abstraction jusqu’aux œuvres phares, à partir de 1926, la manifestation met en place les éléments d’un langage qui aspire moins à la peinture en tant que telle qu’à la constitution d’un imagier poétique. Celui-ci se fonde largement sur la remise en cause de la représentation et de ses conventions. Il ne renonce ni à la violence ni à la critique. Au fil de l’exposition, Magritte se révèle sous un jour singulier : joueur subtil, ses images n’offrent pas l’apaisement promis par leur apparente légèreté. Au contraire, la tonalité dominante relève d’une retenue et d’une certaine mélancolie qui donnent à l’œuvre une gravité que l’usage abusif de la reproduction a sans doute anesthésiée. La clarté de l’accrochage et l’intelligence des choix révèlent avec force à quel point Magritte construisait ses images avec une maîtrise consommée de la mise en scène. La théâtralité de l’œuvre s’affirme d’abord dans les jeux d’espace, avant de toucher à l’apparition même des figures : objets hypertrophiés ou visages révélés à la lueur obscure d’une flamme noire digne de l’Igitur de Mallarmé.

Magritte vaut mieux que l’image stéréotypée tressée par les années quatre-vingt. Ainsi en va-t-il de ces “tableaux-mots”, d’abord achetés par des artistes comme Pierre Alechinsky, Robert Rauschenberg ou Jasper Johns. À côté de l’image hermétique du peintre intellectuel, on retiendra aussi celle, bourgeoise, tirée des films d’amateur, qui laisse apparaître un homme d’aspect si conventionnel. Magritte reste ainsi le parfait régisseur de sa propre Trahison des images.

MAGRITTE, jusqu’au 28 juin, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, 3 rue de la Régence, Bruxelles, tél. 32 2 508 33 33, tlj sauf lundi et jf 10h-17h. Catalogue en plusieurs langues 336 p., 1 250 FB. Internet : www.fine-arts-museum.be.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°57 du 27 mars 1998, avec le titre suivant : Une monographie qui renouvelle une vision stéréotypée

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