Vendredi 28 février 2020

Une forêt de Corot (Part II)

Plus de cent cinquante tableaux au Grand Palais pour un bicentenaire

Par Alain Cueff · Le Journal des Arts

Le 1 mars 1996 - 856 mots

Voilà deux siècles, naissait à Paris Jean-Baptiste Camille Corot. L’anniversaire justifie d’autant plus cette rétrospective que le dernier hommage parisien rendu à ce précurseur remonte à 1975. Près de cent soixante œuvres sont réunies au Grand Palais, tandis que la Bibliothèque nationale et le Musée Condé à Chantilly célèbrent eux aussi le paysagiste.

PARIS - Corot passe depuis la fin du siècle dernier pour l’un des précurseurs de l’Impressionnisme, et ce seul titre, contesté avec raison, devrait suffire à lui assurer une flatteuse notoriété. Pourtant, le peintre ne bénéficie pas d’une image de marque claire, qui lui assurerait une place dans l’histoire. Rien, chez lui, ne se prête au mythe : ni sa vie (lire ci-contre), où l’on chercherait en vain la moindre trace d’exception, ni son œuvre, empreinte de mélancolie et de nostalgie. Corot ne fut pas non plus un homme d’influence, même si d’innombrables copies de ses œuvres ont circulé dès la fin du XIXe siècle. De nombreux indélicats firent même signer au maître des œuvres dues à ses élèves.

À la croisée des chemins du classicisme et de la modernité, il fut plus lié à la tradition qu’au futur, comme l’a montré Peter Galassi dans un ouvrage paru il y a cinq ans : Corot fut l’un des derniers à faire le traditionnel voyage d’Italie. Autre malentendu : il a longtemps été considéré seulement pour son œuvre de paysagiste, au détriment de ses nombreux portraits et études de nus. Bref, cette rétrospective, qui fait une large place à la figure humaine, rafraîchira opportunément une mémoire qui, en France, n’a été entretenue que de loin en loin : en 1936, en 1962, avec l’exposition intitulée "Figures de Corot", et en 1975, à l’Orangerie des Tuileries.

Corot voyageur
Organisée en collaboration avec le Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa (où elle sera présentée du 20 juin au 22 septembre) et le Metropolitan Museum of Art de New York (du 21 octobre au 19 janvier 1997), l’exposition réunit quelque cent soixante œuvres provenant des musées du monde entier. Elle vise à replacer Corot dans le contexte néo-classique du paysage français du XIXe siècle, où il tient un rôle de premier plan aux côtés de son maître Michallon et de Pierre-Henri de Valenciennes, Daubigny ou encore Rousseau. Elle corrigera sans doute l’impression, fausse mais persistante, d’un peintre répétitif, se contentant d’une seule et même sensation. "Il faut, disait-il, être sévère d’après nature et ne pas se contenter d’un croquis fait à la hâte." S’il lui est souvent arrivé de reprendre certains paysages de mémoire des années après un premier tableau, il le fait non pour se répéter mais au contraire pour y découvrir les ruses de la mémoire. Enfin, Corot a tant voyagé – dans le nord et l’ouest de la France, ainsi qu’en Italie, sa terre de prédilection – que cette supposée homogénéité de l’œuvre (qui ne concerne en fait que les dernières années) constituerait en effet une anomalie si elle était avérée.

Grands formats de l’étranger
L’exposition permet en outre de découvrir de grands formats venant des musées étrangers, tandis que dans les musées français sont conservées des œuvres généralement plus petites. Le Metro­politan de New York et la National Gallery d’Ottawa ont pourvu à ce rassemblement de tableaux imposants, parmi lesquels La destruction de Sodome et la Vue prise à Narni. Trois des nombreuses vues de La Trinité-des-Monts à Rome, provenant de Genève, Paris et Chicago, sont réunies. Si Le Baptême du Christ de Saint-Nicolas-du-Chardonnet est exposé au Grand Palais, les conditions du legs du duc d’Aumale privent les visiteurs du Concert champêtre, qui est en revanche présenté à Chantilly dans une exposition-dossier. À la Bibliothèque nationale, on découvrira estampes, clichés-verre et dessins, ainsi que cinq tableaux qui permettent de comparer les degrés de liberté que le peintre s’octroyait dans ses œuvres.

La vie sans histoire de Corot

1796 Naissance de Jean-Baptiste Camille Corot à Paris.

1815-1825 De la maison de mode maternelle, il passe en apprentissage chez un drapier – avant de décider, après quelques tractations avec son père, de sa vocation de peintre, qui le conduit alors dans l’atelier de Michallon, puis dans celui de Bertin.

1825-1828 Séjourne en Italie.

1829-1833 Nombreux voyages en France.

1834 Corot séjourne à nouveau en Italie.

1846 Quelques œuvres remarquées dans les Salons, quelques achats de l’État les années précédentes et de rares commandes avaient fait de lui un artiste estimé, mais pas reconnu. Le peintre reçoit enfin les premiers fruits de son labeur : plus que la Légion d’honneur, le soutien inconditionnel de Baudelaire et de Champfleury témoigne de son importance.

1848 Il est nommé membre de la Commission du Salon, où il expose cette année-là neuf tableaux.

1852-1854 Séjourne dans le Dauphiné avec Daubigny, en forêt de Fontainebleau, à Arras et aux Pays-Bas.

1855 Premier d’une série d’achats de Napoléon III.

1856-1859 Corot expose de nouvelles versions d’œuvres de 1844 et peint, entre autres, Dante et Virgile et La Toilette.

1873 Il établit un deuxième atelier à Paris, un autre à Coubron.

1874 La médaille d’honneur lui est refusée au Salon, que compensera toutefois celle que lui attribuent ses amis.

1875 Corot meurt le 22 février.

COROT, Galeries nationales du Grand Palais, du 2 mars au 27 mai. Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 10h à 20h (nocturne le mercredi jusqu’à 22h). Catalogue sous la direction de Vincent Pomarède, Éditions de la RMN, 380 F.

COROT, LE GÉNIE DU TRAIT, Bibliothèque nationale, jusqu’au 26 mai. Ouvert tous les jours sauf le lundi, de 9h30 à 18h30.

COROT, LE CONCERT CHAMPÊTRE, exposition-dossier, Musée Condé, Chantilly, jusqu’au 13 mai. Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 10h30 à 12h45 et de 14h à 17h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°23 du 1 mars 1996, avec le titre suivant : Une forêt de Corot (Part II)

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