Vendredi 28 février 2020

Une avant-garde japonaise

Le Mono-ha au Musée de Saint Étienne

Par Alain Cueff · Le Journal des Arts

Le 1 juillet 1996 - 462 mots

L’art japonais contemporain reste mal connu en Occident, en dépit de grandes expositions comme \"Le Japon des avant-gardes\" qui tentèrent en leur temps d’en faire une synthèse. Le Musée de Saint-Étienne propose une exposition monographique sur l’un des mouvements phares pays du Soleil Levant.

SAINT-ÉTIENNE - Il y a tout juste dix ans, le Centre Georges Pompidou présentait une vaste rétrospective de l’art japonais intitulée le "Japon des avant-gardes". Depuis lors, les échanges franco-japonais dans le domaine artistique n’ont pas été caractérisés, c’est le moins qu’on puisse dire, par une grande vivacité. L’exposition qui s’est ouverte le 26 juin à Saint-Étienne, quoique différente dans son propos, n’en est que plus exceptionnelle et permet enfin de se faire une idée précise sur quelques données de l’art japonais contemporain, dont on ne peut suivre que par bribes les ultimes développements.

L’école des choses
Dans les années soixante-dix apparaît un mouvement dénommé Mono-ha, qui aura fait date tout autant que son prestigieux prédécesseur, Gutaï. Comme d’autres groupes qui lui furent contemporains en Europe et en Amérique, le Mono-ha, qui signifie "l’école des choses", tenta de remettre à plat les données mêmes de l’art et de sa pratique. Les artistes qui y furent associés avaient des préoccupations moins formelles que métaphysiques ; ils insistaient volontiers sur le caractère expérimental de leur travail et allaient jusqu’à remettre en cause le bien-fondé de l’acte de création lui-même.

L’une des œuvres inaugurales de la tendance fut Phase I, Terre, de Nobuo Sekine, qui consistait en un énorme cylindre de terre érigé près d’un trou qui en était le négatif. Pour d’autres artistes, cette œuvre agit comme un révélateur : Katsuro Hoshida, Susumu Ko­shi­mizu, et surtout Kihio Suga et le Coréen Lee Ufan qui en deviendront les chefs de file. Ils publieront au tout début des années soixante-dix un manifeste, "S’en tenir aux choses", qui exprime bien leur volonté de s’en retourner aux sources. Contes­tation et utopie vont de pair : aux proliférations d’objets néo-dadaïstes, ils entendaient opposer un espace où le spectateur aurait eu une part très importante. Si leurs ambitions furent partiellement réalisées, et si certains renouèrent avec des pratiques plus traditionnelles, ils n’en ont pas moins continué à exercer une influence profonde sur les générations ultérieures.

Il est difficile à un esprit occidental de comprendre le rapport que les Orientaux entretiennent aux choses : la tentation d’élaborer des parallèles avec des pratiques occidentales qui présentent des similitudes est dès lors irrésistible. Avec toutes les précautions d’usage, on reconnaîtra en effet des liens plus ou moins évidents entre le Mono-ha et l’Art pauvre ou l’Anti Form, qui bouleversèrent, sur des bases différentes, certains canons artistiques.

 

MATIÈRE ET PERCEPTION : LE MONO-HA ET LA RECHERCHE DES FONDEMENTS DE L’ART, jusqu’au 8 septembre, Musée d’art moderne de Saint-Étienne, tlj 10h-18h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°27 du 1 juillet 1996, avec le titre suivant : Une avant-garde japonaise

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