Vendredi 10 juillet 2020

Un tour des galeries (I)

L'actualité de l'art contemporain

Le Journal des Arts

Le 1 juillet 1996 - 1777 mots

PARIS : QUESTIONS DE GENRE

Il y en eut d’innombrables, tous célèbres ou peu s’en faut, et qui furent chaque fois sources d’inspiration et de renouvellement. "Un amour secret" est le titre de l’exposition Picasso que présente Dider Imbert Fine Art (19, avenue Matignon, 45 62 10 40) jusqu’au 26 juillet. Crayons et encres sur papier sont commentés par la dédicataire de ces dessins qu’est Geneviève Laporte et qui dévoile quelques aspects du secret. Entre 1957 et 1965, cinq autres Espa­gnols de Paris (Angel Duarte, José Duarte, Augustin Ibar­rola, Juan Serrano et Juan Cuenca) forment un groupe intitulé Equipo 57. Chassés de leur pays natal par le franquisme, ils sont doués d’une conscience politique qui les amène à privilégier l’anonymat et à multiplier les polémiques. Première à les montrer alors, la galerie Denise René (22, rue Charlot, 48 87 73 94) revient – jusqu’au 27 juillet, et du 3 au 14 septembre – sur cette aventure picturale singulière.

L’auberge espagnole du Nouveau Réalisme
Mimmo Rotella fut, dans ces mêmes années, avec Villéglé et Hains, l’un de ceux qui ont su trouver dans le paysage urbain les ressources d’un nouveau genre de peinture. De l’eau est passée sous les ponts depuis qu’ils décollaient les affiches des murs, et chacun a trouvé des alternatives plus ou moins heureuses à ce geste intuitif. Rotella a toujours été proche d’une iconographie "moderne", qu’il adapte au goût du jour dans ses compositions récentes que l’on découvrira à la galerie Dionne (19 bis, rue des Saints-Pères, 49 26 03 06) jusqu’au 28 septembre. Le Nouveau Réalisme était à bien des égards une auberge espagnole. Des décollagistes aux emballages et empaquetages de Christo, il y a sans doute un abîme que seul l’enthousiasme pouvait faire oublier. On pourra voir un choix d’œu­vres de Christo à la galerie JGM (8 bis, rue Jacques-Callot, 43 26 12 05) jusqu’à la mi juillet.

Défilés de top models
Loin de l’Espagne et des traditons européennes, Richard Tuttle s’est inventé un art subtil et étrange, précaire et fragile pourrait-il sembler, mais animé de principes solides qui en font un artiste à part sur la scène américaine. La galerie Yvon Lambert (108, rue Vieille-du-Temple, 42 71 09 33) expose ses travaux récents sous le titre paradoxal de "Gold and Silver on Easy Pieces" jusqu’au 13 juillet. Le lendemain, c’est fête. Sous le titre militant de "Peinture-peinture", la galerie Samia Saouma (16, rue des Coutures-Saint-Gervais, 42 78 40 44) présente quant à elle, jusqu’au 27 juillet, plusieurs artistes qui se sont peu à peu imposés dans les années quatre-vingt avec une idée volontaire de la peinture. En dépit de leurs différences et de leurs horizons parfois lointains, Brandl, Oeh­len, Dumas, Op­pen­­heim, Förg, Wool partagent un certain nombre de convic­tions sur la nature de l’art et sur le caractère irremplaçable de la peinture. Jusqu’au 20 juillet, la galerie Re­nos Xippas (108, rue Vieille-du-Temple, 40 27 05 55) réunit une photogra­phe-vidéaste et deux pein­tres, respectivement Anne Dele­porte, Andrea Schön et John Nixon. Il s’agira alors de percer le secret de leur réu­nion sur les trois étages de la galerie.
Les autres sont photographes et appréhendent avec plus ou moins de sérieux la condition artistique récente du médium. Sam Samore se livre à des "allégories de la beauté" en traquant à leur insu des top models lors des défilés, les cadrant et les recadrant jusqu’à un certain degré d’abstraction. La galerie Anne de Villepoix (11, rue des Tournelles, 42 78 32 24) propose ses dernières manipulations jusqu’au 31 juillet.
Hannah Collins, elle, à la galerie Laage-Salomon (57, rue du Temple, 42 78 11 71, jusqu’au 20 juillet), ne manipule pas les images mais le corps de ses modèles.

La carte de l’éclectisme
Jusqu’à une date récente, Andreas Gursky ne manipulait rien du tout. Il est l’un des héros de la photographie allemande, avec ses paysages sans qualité, nourris de cieux extensibles à l’infini. Il cultive le neutre et le premier degré avec un certain aplomb. Ses dernières images, désormais plus ironiques, sont à la galerie Ghislaine Hus­senot (5 bis, rue des Haudriettes, 48 87 60 81) jusqu’au 13 juillet. On mentionnera encore Jor­ge Ribalta, qui expose ses photos récentes à la galerie Zabriskie (37, rue Quin­cam­poix, 42 72 35 47) jusqu’au 31 juillet. La question des genres est-elle éternelle ? "Else­where", autre part, sem­ble prétendre la galerie Froment-Putman (33, rue Charlot, 42 76 03 50), qui joue la carte de l’éclectisme en réunissant des artistes aussi différents que Baumgarten, Hybert, Irvine, Mosher, Opie, Oursler, Starr, Turrel et Zonshine jusqu’au 20 juillet.

BELGIQUE : EXOTISME

Le soleil, le sable, l’horizon. Un parfum d’été qui invite à l’exotisme. La galerie Art Kiosk (9, avenue Jean Volders, 1060 Bruxelles) propose, jusqu’au 31 août, un parcours dans l’Orient de pacotille des affiches de cinéma, depuis les premières évocations du début du siècle jusqu’aux péplums des années cinquante : des stéréotypes et des clichés qui en disent long sur la vision qu’en a l’Occident ; un tracé ludique pour ceux qui veulent y lire entre les lignes ; un monde de rêve et de désir auquel répondent les photographies égyptiennes de Coppens.
Chez Rodolphe Janssen, Robert Nickas expose jusqu’au 27 juillet ses Tableaux de la vie moderne comme autant de stations photographiques du quotidien. L’artiste livre un reportage intime sur ceux qui l’entourent. La photographie se mue en un dialogue muet, lourd de non-dits et de secrets. Un travail de grande densité qui accompagne une présentation d’ensemble d’artistes américains, de Diane Arbus à Jeff Wall, de Dan Graham à Sam Samore, épinglés sur un seul mur comme un grand puzzle dont l’unité reste à imaginer (35, rue de Livourne, 1050 Bruxelles).
Chez Velghe et Noirhomme, Hervé Charles, Philippe De Gobert, Charles Van Hoorick ainsi que Kœn Wastin et Johan Deschuy­mer témoignent de "nouvelles visions photographiques". De Gobert fait de la photographie la transposition réelle d’un lieu imaginaire – ici, les ateliers d’artiste dont il conçoit l’architecture –, tandis que Hervé Charles s’attache à saisir l’éphémère et le mouvant à travers le thème du nuage. L’un et l’autre font de la photographie un acte de métamorphose qui rend réelle l’illusion. Charles Van Hoorick s’attache à des natures mortes. Il les transpose en un polaroïd surdimensionné qui passera ensuite sur papier. Kœn Wastin et Johan Deschuymer ont pour leur part opté pour un travail de haute technologie qui leur permet d’interroger l’acte de reproduction en série. Ici, le réel se décompose en une image dont la répétition et la démultiplication ne peuvent occulter la charge poétique (jusqu’au 17 juillet, 17 rue de la Régence, 1000 Bruxelles).
À la Médiatine, l’univers visuel rencontre le monde des sons pour évoquer la mémoire d’un peuple désormais disparu : les Indiens d’Amérique du Nord. La mémoire agit à partir d’Anamak, une composition musicale de Léo Kupper qui a suscité l’imaginaire plastique d’artistes aussi différents que Camille Van Breedam ou Anne Jones. Les analogies s’offrent en toute liberté, et le désir de ranimer le souvenir de ces Indiens disparus ranime la féerie des "Peaux-Rouges" de l’enfance (jusqu’au 17 juillet, 45 chaussée de Stockel, 1200 Bruxelles).
Chez Bastien, l’été sera placé sous le signe de l’hommage rendu à un peintre de qualité : Arthur Gro­semans. Après une exposition consacrée à ses dernières œuvres, l’heure est venue de retracer l’évolution du peintre en une rétrospective qui s’offre comme une progression méthodique vers l’Abstraction (jusqu’au 15 septembre, 61 rue de la Madeleine, 1000 Bruxelles).
But d’une excursion à ne pas manquer, la Maison Cavens de Mal­médy présente jusqu’au 15 août un ensemble d’œuvres de Raoul Ubac en parallèle à l’exposition rétrospective organisée au Suermondt-Ludwig Museum d’Aix-la-Chapelle (11, place de Rome).
Pour les amateurs des bords de mer, l’été sera l’occasion de découvrir ou de redécouvrir plusieurs artistes intéressants en marge des habituels salons d’ensemble. À Blankenberge, l’Art Gallery De Geeter accueille les dessins et sculptures de Georges Grard (jusqu’au 30 août, Casino de Blankenberge). À Coxyde, la Piatno Art Gallery (Zeepannelaan 2a) accueille jusqu’au 14 juillet Mark Verstockt et Renaat Ivens pour une confrontation dominée par la géométrie minimaliste et la méditation la plus dépouillée .

SUISSE : PICASSO LIBERTIN

L’exposition "Picasso : propos libertins", organisée à la galerie Krugier-Ditesheim (29-31, Grand-Rue à Genève, tél. 22-310 5719) jusqu’au 26 juillet, offre un très bel ensemble de dessins et gravures des années 1968 à 1971 provenant de la collection Marina Picasso. L’érotisme impudique de ce travail est inspiré à l’origine par des monotypes de Degas. Picasso aimait comme lui les maisons closes. Il a conservé la thématique des femmes nues en présence d’un ou plusieurs spectateurs, mêlant ainsi ses propres fantasmes à ses sujets favoris, tels le peintre et son modèle ou le mousquetaire et la femme nue. Certaines planches gravées sont accompagnées de la plaque de cuivre originale témoignant de la sûreté graphique de Picasso.
Sous le titre "Re-Imagining the Thing Imaged, Ame­rican Style", la galerie Lehmann (19, rue de Ge­nève à Lausanne, tél. 21-311 2240) présente, jusqu’au 15 juillet, des œuvres récentes de Terry Winters, Jeff Koons et David Salle. Sont exposés des travaux stigmatisant les conventions culturelles. Chacun des artistes affiche néanmoins des préoccupations différentes : la combinaison des images pour Salle, l’obsession de soi pour Koons et l’abstraction pour Winters.
La galerie Lelong (2, Predigerplatz à Zurich, tél. 1-251 1120) avait montré le travail d’Eduardo Chillida en 1970, lorsqu’elle s’est ouverte en Suisse. Jusqu’au 31 juillet, elle propose une seconde exposition du sculpteur espagnol, mais uniquement l’œuvre graphique, souvent moins connue. Les dessins et collages, qui couvrent les années 1947 à 1996, suivent un trajet parallèle à la sculpture, une expression où se retrouve la dualité des pleins et des vides.
La galerie Bischofberger (29 Otoquai à Zurich, tél. 1-262 4020) propose jusqu’au 7 septembre une exposition Jean-Michel Basquiat et l’édition d’un catalogue de 45 portraits de l’artiste. La plupart des œuvres sont datées du début des années quatre-vingt et illustrent ce passage crucial où Basquiat quitte la rue, son lieu d’expression, pour peindre sur des toiles.
Martin Disler est à découvrir actuellement, autant à travers sa collection privée, présentée avec celles de Günther Förg et Olivier Mosset au Musée de la Chaux-de-Fond, qu’à travers ses œuvres récentes. La galerie René Steiner (3, Galsstr. à Erlach, tél. 32-882 088), expose jusqu’au 25 août ses céramiques, monotypes, aquarelles et acryliques de 1994 à 1996, avec notamment le livre de bord tenu lors de son voyage en Terre de Feu.
Pour cet été, la galerie Stampa (2, Spalennberg à Bâle, tél. 61 261 7910) a choisi de mettre, jusqu’au 31 août, trois salles à la disposition de trois de ses artistes : Ian H. Finlay propose une installation avec objet, Pipilotti Rist une vidéo-objet, et Rosemarie Trockel une installation vidéo accompagnée d’un travail photographique.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°27 du 1 juillet 1996, avec le titre suivant : Un tour des galeries (I)

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