Un Symbolisme très symbolique

Trois expositions à Londres et à Manchester

Le Journal des Arts

Le 7 novembre 1997 - 687 mots

Cet automne, en Angleterre, trois expositions s’attachent au rêve, tout en cultivant le mythe artistique national. Les préraphaélites anglais sont réunis à la Tate Gallery sous le vocable plus \"européen\" de Symbolisme, tandis que les femmes-peintres influencées par ce mouvement sont exposées à Manchester. Enfin, la peinture victorienne de contes de fée est à l’honneur à la Royal Academy of Arts.

LONDRES. L’influence des Fleurs du Mal de Baudelaire est souvent considérée comme déterminante dans la naissance du Symbolisme en Europe continentale. À la Tate Gallery, Andre Wilton, et son équipe montrent les origines anglaises du mouvement à travers les œuvres de Rossetti, Watts, Burne-Jones et leur cercle d’amis. Les titres étonnamment provocateurs des œuvres présentées annoncent clairement le parti pris de l’exposition. Le spectateur regardera terrifié les Âmes sur les rives du Styx de Burne-Jones, ou compatira devant la scène du Sommeil et la Mort emportant le corps de Sarpedon en Lycie de William Blake Richmond. Il sera terrorisé par Amour et Mort de Watt et émerveillé par Le Sphinx de Charles Ricketts. Dans l’avant-dernière salle baptisée L’Apogée, d’après le titre d’une œuvre d’Aubrey Beardsley, il découvrira les grand moments du Symbolisme illustrés par le tableau allégorique de Watts, Le Temps, la Mort et le Jugement. Mais, pour beaucoup, les plus belles œuvres figureront certainement dans la série de personnages féminins mystiques et érotiques peints par Dante Gabriele Rossetti, en particulier sa Beata Beatrix, le grand portrait posthume qu’il a fait de sa femme, et l’étrange Astarte Syriaca, tableau qui a influencé les femmes hantées par des vampires du peintre expressionniste Edvard Munch. De nombreux autres artistes européens ont affectionné ces thèmes, représentés ici par les œuvres d’Odilon Redon, de Gustav Klimt, du Belge Fernand Khnopff et du sculpteur norvégien Gustav Vigeland.

Contes de fées
Les débuts de "La peinture victorienne de contes de fée" dateraient de 1787. L’entreprenant marchand d’estampes Alderman Boydell, propriétaire de la Shakespeare Gallery, avait demandé aux artistes célèbres de son époque de peindre des scènes inspirées de Shakespeare, comptant bien trouver son profit dans la vente des gravures reproduisant ces tableaux. Ainsi, Fussli et Reynolds ont l’un et l’autre peint des toiles inspirées du Songe d’une nuit d’été. Pendant le règne de la reine Victoria, ces scènes shakespeariennes se sont confondues avec l’intérêt romantique pour les contes folkloriques, offrant aux artistes un monde alternatif d’évasion et d’imagination.  Aussi bien de leur vivant qu’après leur mort, les femmes du mouvement préraphaélite ont été à la fois négligées et excessivement adulées. Elizabeth Siddal, par exemple, l’archétype de la grande beauté préraphaélite, avait posé pour les plus beaux tableaux de Millais et de Rossetti. Après son suicide et la découverte dans son cercueil de poèmes de Rossetti, elle devint l’un des grands mythes victoriens, non seulement en Angleterre mais dans toute l’Europe. Pourtant, l’attention portée à sa vie a laissé son œuvre dans l’ombre. Ses aquarelles, à la personnalité étrange et forte, sont beaucoup plus que des "versions féminines" de celles de Rossetti. À Manchester sont réunies des œuvres de Katherine et Lucy Madox Brown, de Rebecca Solomon, des paysages de Rosa Brett et des aquarelles richement colorées de Marie Spartali Stillman et Maria Bambaco, qui appartenaient à la communauté anglo-grec­que si influente dans les cercles intellectuels de la fin de l’époque victorienne. Célèbres pour leur beauté, elles ont posé pour de nombreux artistes et pour la photographe Julia Margaret Came­ron. L’exposition se termine avec l’œuvre d’Eleanor Fortescue Brickdale, qui affectionnait la peinture de contes de fées et l’a présentée dans une série d’expositions intitulées “Ce dont les rêves sont faits”, un titre qui sied particulièrement bien aux œuvres proposées dans ces trois expositions.

LE SYMBOLISME EN ANGLETERRE : ROSSETTI, BURNE-JONES ET WATTS, 1860-1910, jusqu’au 4 janvier, Tate Gallery, Millbank, Londres, tél. 44 171 887 8000, tlj 10h-17h50.
LA PEINTURE VICTORIENNE DE CONTES DE FÉE, du 13 novembre au 8 février, Royal Academy of Arts, Burlington House, Piccadilly, Londres, tél. 44 171 439 7438, tlj 10h-18h.
LES FEMMES ARTISTES PRÉ-RAPHAÉLITES, du 22 novembre au 22 février, Manchester City Art Galleries, Mosley Street, Manchester, tél. 44 161 236 5244, tlj 10h-17h30, lundi 11h-17h30, dimanche 14h-17h30.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°47 du 7 novembre 1997, avec le titre suivant : Un Symbolisme très symbolique

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