Mercredi 23 janvier 2019

Peinture

Un saint sort du purgatoire

Le Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg propose une rétrospective très complète de l’oeuvre de Rouault, dénigré pour sa trop grande religiosité

Le Journal des Arts

Le 8 janvier 2008 - 501 mots

STRASBOURG - Le musée de Strasbourg présente du 10 novembre 2006 au 18 mars 2007 une rétrospective de l’oeuvre de Georges Rouault. Cette exposition est due à l’initiative de Fabrice Hergott, conservateur des Musées de Strasbourg depuis avril 2000 [qu’il quitte le 31 janvier], fin connaisseur du maître et déjà organisateur de l’exposition « Rouault – Première période » au Centre Pompidou en 1992. Très complète, cette rétrospective est la première, depuis trente ans, d’un artiste français majeur longtemps négligé pour excès de religiosité. La laïcité des censeurs d’une certaine critique des années 1970 en aurait été offensée. Les rapports de Rouault avec la critique ont toujours été tendus, luimême affirmant : « Les critiques ont la rage de vous trouver un état-civil pictural ». La visite de l’exposition et la lecture du superbe catalogue suffisent à démentir toute tentative d’enfermer Rouault dans un ghetto religieux. Certes, Rouault est un peintre chrétien, mais sa richesse et son talent ouvrent son oeuvre à tous, au-delà des dogmes. La couverture du catalogue, l’Acrobate de 1925, démontre brillamment que Rouault fut loin d’être un bigot insensible aux charmes féminins, ce qu’il exprime magistralement dans ce tableau où triomphe, mi-nue mivêtue, une femme aux formes pleines et au costume ambigu. Réminiscence des oeuvres des années 1900 quand venaient poser chez lui, en échange de la chaleur d’un coin de poêle, les prostituées de la place Clichy. Qu’importe « qu’Ève soit déchue », elle est femme avant tout sous le regard désirant du peintre et du spectateur.

Disciple de Gustave Moreau
L’exposition suit la chronologie de la vie du peintre montrant d’emblée des oeuvres de jeunesse lorsqu’il était l’élève de Gustave Moreau, maître dont il fut un fidèle admirateur, à tel point qu’il devint, après sa mort, le conservateur de son musée-atelier. L’oeuvre des premières années est sociale, collant à la vie. C’est l’époque des scènes de bordels et de nus, c’est aussi celle des prétoires, des juges aux « trognes » caricaturales et des condamnés effarés. Rien ici n’est épargné, la chair est triste et mercenaire, le client est peu flatté, la justice est hypothétique. Suivent des peintures d’inspiration bibliques où matière et couleurs se font plus présentes, puis des oeuvres aux thèmes classiques : les familles, les clowns, quelques natures mortes et l’Afrique fantasmée pour la Réincarnation du Père Ubu. Une salle consacrée aux illustrations du Miserere montre à quel point le maître de la couleur fut aussi celui du trait. Quelques céramiques rappellent son compagnonnage avec Mettey dans l’atelier duquel il rencontra en 1907 Ambroise Vollard. Outre les oeuvres et les documents nombreux, les textes de plusieurs spécialistes de Rouault, dont l’essai d’Éric Darragon, le catalogue réunit les écrits critiques de Rouault, moins connus du public, et des correspondances qui éclairent les rapports passionnés qu’il entretint avec son marchand Ambroise Vollard.

Georges Rouault, forme, couleur, harmonie

Jusqu’au 18 mars, Musée d’art moderne et contemporain(MAMC), 1, place Hans Jean Arp, 67076 Strasbourg Cedex, tél. 03 88 23 31 31, tlj sauf lundi 11h-19h, jeudi 12h-22h,dimanche 10h-18h.

GEORGES ROUAULT

- Commissaire : Fabrice Hergott - Nombre d’oeuvres : environ 160 - Nombre de salles : 9

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°250 du 5 janvier 2007, avec le titre suivant : Un saint sort du purgatoire

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque