Vendredi 25 septembre 2020

Côte ouest

Un regard peu inspiré sur la scène de Los Angeles

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 30 mars 2016 - 449 mots

« Wasteland » montre, en concomitance dans deux lieux, quatorze artistes de la scène artistique de Los Angeles sans véritable réflexion ni dialogue entre les œuvres.

PARIS, PANTIN - Ce n’est pas la belle œuvre de Mark Bradford, constituée de rubans de papiers en lambeaux suspendus au plafond et s’enfonçant vers l’infini de la cage d’escalier qui y changera quelque chose : l’exposition « Wasteland » est d’un vide abyssal, justement. Non qu’il ne soit strictement rien donné à y voir, mais parce que manifestement elle s’apparente à un encéphalogramme plat, soit ici à un simple déballage d’œuvres que nulle amorce de réflexion ne vient appuyer. Il y a pourtant à dire sur ce « New art from Los Angeles » qu’est censé explorer à Paris le Mona Bismarck American Center, avec la complicité de la galerie Thaddaeus Ropac qui a mis à disposition une partie de ses locaux de Pantin pour l’occasion. Cette double localisation d’ailleurs interroge sur son utilité dans la mesure où l’on retrouve de part et d’autre beaucoup d’œuvres sensiblement identiques. Ainsi d’une installation de Math Bass strictement jumelle, quand Jon Pylypchuk, Lisa Anne Auerbach, Brenna Youngblood et Fay Ray montrent des deux côtés des travaux très similaires, sans pourtant que ne soit engagée une quelconque réflexion sur un possible écho des choses.

Quelques motifs de satisfaction
Le communiqué de presse énonce que « l’exposition reconsidèr[e] l’idée de Los Angeles, zone sinistrée » – culturellement s’entend – tout en précisant que cette vision est « dépassée », mais encore « vivace ». Voilà bien un cliché que ni un New-Yorkais ni un Européen n’oserait plus resservir aujourd’hui, face à l’intense vitalité artistique de la ville. À l’inverse, ce regroupement d’artistes d’une zone désormais si identifiée, dont la diversité interdit de dresser un portrait univoque, aurait pu permettre d’aborder la notion de territoire qui lui est si particulière, le lien à la nature et à l’urbanisation, la spécificité du mode de vie de la Côte ouest, la question d’une esthétique propre à la Californie… Mais tout cela semble avoir échappé à la curatrice Shamim M. Momin, directrice de l’association LAND (Los Angeles Nomadic Division), qui pourtant y vit. À côté de certaines œuvres qui font très « gadget » et cliché, restent tout de même quelques motifs de satisfaction, telle la barrière jaune de Math Bass qui semble désactivée par sa couleur ou la très belle bibliothèque labyrinthique d’Edgar Arceneaux, dans laquelle certains livres ont été pris dans des cristaux et d’autres ont vu leurs titres ou les noms de leurs auteurs modifiés, au risque de remettre en cause l’autorité du discours. Au fait, Wasteland en anglais signifie terrain vague : on ne saurait mieux dire !

WASTELAND. NEW ART FROM LOS ANGELES

Jusqu’au 17 juillet, Mona Bismarck American Center, 34, avenue de New York, 75116 Paris, tél. 01 47 23 38 88, www.monabismarck.org, tlj sauf lundi-mardi 11h-19h, jeudi 11h-21h, entrée 10 € .
Jusqu’au 17 juillet, Galerie Thaddaeus Ropac, 69, avenue du Général Leclerc, 93500 Pantin, tél. 01 55 89 01 10, www.ropac.net, tlj sauf dimanche-lundi 10h-19h, entrée libre. Catalogue éd. Galerie Ropac, 142 p., 45 €.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°454 du 1 avril 2016, avec le titre suivant : Un regard peu inspiré sur la scène de Los Angeles

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