Poésie et peinture

Un Chagall en vers et en verve

Par Julie Paulais · Le Journal des Arts

Le 30 août 2016 - 700 mots

Grâce à sa scénographie claire, l’exposition du Fonds Hélène & Édouard Leclerc met en relief à Landerneau une facette moins connue de son œuvre, celle liée à la poésie.

LANDERNEAU - Près de 300 œuvres prestigieuses ou rarement exposées ont fait le déplacement à Landerneau (Finistère), au Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la culture, pour rendre hommage au peintre et poète Marc Chagall, dont un bel ensemble est pour la première fois offert à la vue du public dans le grand Ouest.

Proposer « un nouveau regard sur la poésie et la peinture », tel est, selon les mots de Michel-Édouard Leclerc, président du Fonds, le parti pris de cette exposition consacrée au Franco-Russe Marc Chagall. La participation active de deux éminents membres du Comité Chagall – Jean-Louis Prat, ancien directeur de la Fondation Maeght, ayant bien connu le peintre, et Meret Meyer, petite-fille de l’artiste – a permis de réunir cet ensemble d’œuvres, parmi lesquelles des tableaux majeurs appartenant à de prestigieux musées internationaux, des œuvres issues de collections privées, en particulier de la famille Chagall, et surtout ses grands livres illustrés et les gouaches préparatoires, rarement présentés.

Originale, l’exposition met en lumière les liens indéfectibles que Chagall a entretenus avec la poésie. « Sitôt que j’ai commencé à savoir m’exprimer en russe, je me suis mis à écrire des vers. Comme si je les exhalais. Qu’importe si c’est un mot ou un soupir ? », écrit le jeune Chagall dans son autobiographie (Mein Leben, [Ma Vie], 1922). Se rêvant peintre poète, Chagall se rapproche très tôt des poètes de son temps, dès son arrivée à Paris en 1911, en se liant d’amitié avec Cendrars, Max Jacob, Éluard, Aragon ou encore Apollinaire, qui qualifiait son art de « surnaturel », puis dans la Russie révolutionnaire en fréquentant Essénine, Maïakovski, Boris Pasternak. De cette affection particulière pour la littérature naissent de nombreuses illustrations, des Âmes mortes (1948) de Gogol, hommage à sa Russie natale où Chagall dépeint avec humour les petits-bourgeois de Saint-Pétersbourg, à la pastorale de Longus Daphnis et Chloé (1952), devenue un chef-d’œuvre de la bibliographie contemporaine.

La couleur et l’animal
Né à Vitebsk (Biélorussie) en 1887 dans une famille de juifs hassidiques et mort en mars 1985 dans son atelier à Saint-Paul-de-Vence (Alpes-Maritimes), Marc Chagall a traversé tout le XXe siècle, connu une révolution, deux guerres mondiales, des exils et des voyages qui nourrissent son œuvre atypique. Tableaux, gravures, lithographies, sculptures et céramiques sont disposés selon un cheminement chronologique clair, scindé en huit sections qui évoquent les grands événements de sa vie et ses thèmes de prédilection, depuis son arrivée à Paris jusqu’aux années 1970, en passant par la guerre et l’exil aux États-Unis, où ses peintures aux teintes nocturnes dénoncent de façon symbolique la barbarie nazie.

Les eaux-fortes réalisées pour son autobiographie racontent l’attachement de Chagall à sa famille et regorgent de scènes truculentes de la vie quotidienne dans sa communauté hassidique. Les gouaches éblouissantes des Fables de La Fontaine commandées par Ambroise Vollard et datées de 1926-1927 voisinent avec les lithographies des Mille et une Nuits exécutées en 1948, où transparaît son amour des animaux et retentit celui de la couleur – « un des coloristes capitaux de notre temps », disait de lui André Malraux. Les gravures de Bible, monument de l’édition paru en deux tomes en 1956, auxquels répondent les grands tableaux et les sculptures religieuses exposés, expriment l’éternelle quête de spiritualité du peintre.

Le chromatisme exubérant et l’onirisme de Chagall se manifeste pleinement dans les tableaux monumentaux des années 1950-1970 présentés en fin de parcours, où se croisent saltimbanques, danseuses, mariés, hybrides, coqs et poissons dans une ronde endiablée. L’univers du cirque est également pour Chagall l’occasion de se livrer pour la première fois à l’écriture, rêve secret du peintre enfin réalisé avec l’ensemble de lithographies et poésies réunies pour Cirque, édité par Tériade en 1967.

La scénographie minérale et épurée parvient à magnifier cet aspect de l’œuvre au sein des 1 200 mètres carrés de l’ancien magasin Leclerc. Grâce à des jeux de correspondances établis à chaque étape du parcours, le visiteur ressort de l’exposition avec une compréhension plus grande des rapports que Marc Chagall a entretenus toute sa vie avec la littérature et les poètes.

CHAGALL

Commissaire : Jean-Louis Prat, ancien directeur de la Fondation Maeght
Scénographie : Éric Morin

Chagall. De la poésie à la peinture, jusqu’au 1er novembre

Fonds Hélène & Édouard Leclerc, Aux Capucins, 29800 Landerneau, tél. 02 29 62 47 78, tlj 10h-19h, entrée 8 €, www.fonds-culturel-leclerc.fr. Catalogue, 224 p., 35 €.

Légende Photo :
Marc Chagall, Le cirque bleu, 1950-1952, huile sur toile, Musée national Marc Chagall, Nice. © Photo : RMN (Musée Marc Chagall)/Gérard Blot.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°462 du 2 septembre 2016, avec le titre suivant : Un Chagall en vers et en verve

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