Lundi 10 décembre 2018

Nouvelles pratiques

Un art brut 2.0

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 6 décembre 2016 - 609 mots

L’exposition «Â Brut now, l’art brut aux temps des technologies », présentée à Belfort, s’intéresse aux relations qu’entretiennent les artistes d’art brut avec les nouveaux médias.

BELFORT - « Il ne s’agit rien moins que de proposer une exposition fondatrice qui servira de pierre angulaire et de laboratoire au monde de l’art comme au public afin de poursuivre l’exploration d’une terra incognita aussi vaste qu’elle est profonde et sensible », explique, en toute modestie, le galeriste et commissaire d’exposition Christian Berst, dans l’introduction du catalogue. Son objectif ? « Réinscrire l’art brut dans sa contemporanéité en mettant en lumière les nouvelles pratiques, les nouveaux médias. »

Tout est parti d’une journée d’étude sur les relations entre l’art brut et la technologie, co-organisée au printemps 2014 par les Musées de Belfort (Territoire-de-Belfort) et l’Espace multimédia et de culture numérique Gantner, sis à Bourogne, à quelques kilomètres de Belfort. Les échanges ont mis en avant la nécessité de repenser les canons de l’art brut conçus par Jean Dubuffet. De revenir sur ce cadre trop étroit limitant son rayonnement aux œuvres essentiellement figuratives créées avec des moyens rudimentaires par des créateurs indemnes de toute culture.

Quelques mois après cette journée d’étude, Nicolas Surlapierre, le directeur des Musées de Belfort, confie à Christian Berst le commissariat d’une exposition sur le thème « art brut et nouvelles technologies ». Peinant à identifier un nombre suffisant d’œuvres créées à l’aide d’ordinateurs, de smartphones et autres jeux vidéo, le galeriste tâtonne pendant plusieurs mois. Jusqu’au jour où il rencontre, par l’entremise de Valérie Perrin, responsable de l’Espace multimédia Gantner, Antoine Capet et David Lemoine, les fondateurs et animateurs du collectif d’artistes BrutPop.

Art brut et informatique
Ces éducateurs spécialisés et musiciens lui font découvrir les pièces de jeunes artistes qu’ils ont rencontrés et accompagnés dans les institutions pour autistes qu’ils fréquentent. Nommés commissaires associés de cette exposition qui réunit 200 pièces issues de collections privées et structures publiques, les deux compères font découvrir les œuvres d’art brut 2.0 d’Enzo Schott, de Bintou Minte (tous deux nés en 2000), de Rhalidou Diaby (1994) et de Johann Goetzmann (1982) : « Des œuvres résolument pop habitées par la société de consommation, du divertissement et de la surinformation », expliquent-ils.

Rhalidou dessine sur ordinateur, à l’aide d’un logiciel de dessin informatique de base, des personnages de bandes dessinées et de dessins animés. Il a créé une marque imaginaire, « MOIJOUTRIE », dont il décline le logo sur des paquets de céréales ou de fromage allégé. Enzo crée des œuvres à partir de captures d’écrans de plusieurs logiciels comme Powerpoint ou le jeu vidéo Minecraft. Johann assemble sur des feuilles imprimées des images de captures d’écran. « On n’a jamais amené l’art brut aux confins de ces territoires et jamais ouvert tant de perspectives, s’enthousiasme Christian Berst. Cette exploration va nous mener très loin, vers une déferlante de nouvelles recherches captivantes. »

Brut Now

Commissaire : Christian Berst
Commissaire associé : BrutPop

Harsh noise et sampling brut

Une section de l’exposition, « Phonorama », abritée dans les locaux de l’Espace multimédia Gantner, propose d’explorer un autre territoire de l’art brut : celui des créations sonores réalisées à partir de voix, sons, instruments de musique classiques ou électroniques et autres postes de radio et appareils d’enregistrement. On écoutera notamment les expérimentations sonores des Harry’s, six jeunes adultes autistes surfant sur l’univers de la télé, celui de la pop culture, sur les jeux vocaux et ritournelles du passé. À noter également les créations des patients de Vivian Grezzini, un infirmier en hôpital psychiatrique et musicien de harsh noise. Ou encore celles de Jean-Marie Massou. Cet homme, qui vit seul depuis quarante ans en forêt du pays Bourian (Lot), enregistre ses souvenirs, ses rêves et autres sketches sur des sampling bruts inscrits sur des bandes magnétiques de cassettes audio.

BRUT NOW, L’ART BRUT AU TEMPS DES TECHNOLOGIES

Jusqu’au 16 janvier 2017, Tour 46, salle des expositions temporaires des musées, rue de l’Ancien-Théâtre, 90000 Belfort, tél. 03 84 54 25 46, tlj sauf mardi, 14h-18h, entrée 7 € ; Espace multimédia Gantner, 1, rue de la Varonne, 90140 Bourogne, du mardi au samedi 14h-18h (20h le jeudi), tél. 03 84 23 59 72, www.espacemultimediagantner.cg90.net, entrée libre

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°469 du 9 décembre 2016, avec le titre suivant : Un art brut 2.0

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