Dimanche 18 février 2018

Turner à l’assaut des Alpes

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 30 juillet 2008

Le XIXe siècle n’avait que deux ans quand Turner – qui en comptait vingt-sept – décida d’effectuer son premier séjour sur le continent. Pour peut-être changer d’air et d’horizon, il avait choisi de se rendre dans les Alpes. Non point avec l’idée, selon la coutume instaurée au XVIIIe, de les traverser pour aller en Italie, mais pour trouver de nouveaux paysages différents de ceux de son pays qu’il n’avait eu de cesse d’arpenter depuis dix ans déjà. Joseph Mallord William Turner (1775-1851) compte en effet parmi les premiers artistes britanniques à avoir systématisé le mode nomade et, partant, avoir contribué à l’institution d’une pratique nationale, l’aquarelle. Dans les Alpes, Turner se rend en compagnie de l’un de ses clients, Newbey Lowson, peintre amateur lui-même, et d’un guide suisse dont la connaissance du terrain sera d’un précieux secours. De la vallée de l’Isère au massif du Mont-Blanc, en passant par Voreppe et Bonneville, puis de celui-ci jusqu’au Saint-Gothard, en passant par Les Contamines, Martigny et Andermatt, c’est un périple considérable qu’effectua l’artiste, au pied des grands sommets. L’exposition de quelque 70 œuvres sur papier provenant de la Tate Gallery de Londres opère donc comme un retour aux sources. Elle nous instruit tant de la façon de travailler de Turner et de l’utilisation qu’il faisait de techniques différentes que de l’évolution de son approche au jour le jour à la découverte de ces paysages de cimes éternelles. John Ruskin a justement relevé comment cette expérience avait permis à l’artiste d’acquérir « une perception de l’immensité ». Le séjour alpin lui enseigna en effet le sens de l’étendue et de l’ampleur, le familiarisa avec l’idée de profondeur et d’infini. Autant de qualités qui fondent son œuvre à l’ordre d’une béance et d’une vision et qui sont des qualités éminemment romantiques, dans ce rapport à la nature, voire au cosmos, qu’implique l’expérience de l’espace. Qu’illustre du moins chez Turner l’épreuve des Alpes.

MARTIGNY, Fondation Gianadda, jusqu’au 6 juin, cat. avec un texte de David Blayney Brown, 249 F.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°505 du 1 avril 1999, avec le titre suivant : Turner à l’assaut des Alpes

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