Réouverture - Art moderne

Turner expérimentateur

Musée Jacquemart-André- Paris-8e 

Par Julie Boyer · L'ŒIL

Le 21 mai 2020 - 242 mots

PARIS

« Aucun peintre, dans aucune école, n’a peut-être aussi merveilleusement peint les effets de la lumière subtile et impalpable », a déclaré le critique d’art William Bürger à propos de William Turner.

William Turner, Venise : vue sur la lagune au coucher du soleil, 1840, aquarelle sur papier, 24x 30 cm. © Photo Tate.
William Turner, Venise : vue sur la lagune au coucher du soleil, 1840, aquarelle sur papier, 24x 30 cm.
© Photo Tate

Pour rendre ces effets de la lumière, le peintre imagine des combinaisons de couleurs inédites qu’il expérimente dans ses aquarelles. Ces « colors beginnings », autrement dit ces ébauches colorées, sont au cœur de l’exposition du Musée Jacquemart-André réalisée en collaboration avec la Tate Britain à Londres. À sa mort en 1851, Turner lègue l’intégralité de son fonds d’atelier à l’Angleterre, dont vingt mille aquarelles. L’exposition présente soixante d’entre elles, ainsi que dix peintures à l’huile. C’est donc moins sur ses œuvres officielles que sur ses productions plus secrètes, personnelles, que le parcours se concentre. La confrontation de ces deux facettes de l’artiste est essentielle : sa peinture se nourrit de ses expérimentations à l’aquarelle, et ses aquarelles tendent vers l’intensité de sa peinture. Les œuvres de Turner se succèdent chronologiquement dans l’exposition, montrant l’évolution de sa maîtrise de l’aquarelle, qui va de pair avec ses nombreux voyages. Il sillonne l’Angleterre jusqu’en 1814 (fin du blocus continental), après quoi il découvre l’Europe et notamment l’Italie, où il accentue durablement l’intensité de la couleur et de la lumière. Le réalisme topographique de ses paysages laisse alors place à des compositions audacieuses, qui relèvent presque, pour certaines, de l’abstraction. Des aquarelles éblouissantes qui révèlent un Turner éminemment novateur dans son travail de recherche le plus intime.

« Turner, peintures et aquarelles »,
jusqu’au 20 juillet 2020. Musée Jacquemart-André, 158, boulevard Haussmann, Paris-8e, www.musee-jacquemart-andre.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°734 du 1 mai 2020, avec le titre suivant : Turner expérimentateur

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