Vendredi 18 septembre 2020

Trois visions de l’Apocalypse

Par Itzhak Goldberg · Le Journal des Arts

Le 30 août 2016 - 487 mots

Influencé par la tenture médiévale dont les musées d’Angers retracent la généalogie, Jean Lurçat réalise « Le Chant du monde » qui inspire à son tour une jeune artiste.

ANGERS - Outre sa légendaire douceur, la ville d’Angers possède plusieurs atouts culturels : le château, qui conserve la tenture médiévale L’Apocalypse, le Musée des beaux-arts avec son importante collection, et le Musée Jean-Lurçat et de la tapisserie contemporaine, où dans une immense salle se déploie la tenture monumentale de Jean Lurçat (1892-1966), Le Chant du monde. C’est là que la plasticienne irlandaise Claire Morgan (née en 1980) a choisi de placer son travail Plenty More Fish in the Sea.

L’hommage à l’artiste à l’occasion du cinquantenaire de sa mort vise à valoriser cette richesse patrimoniale. L’acteur principal de cette opération est le Musée des beaux-arts, qui aborde l’iconographie de l’Apocalypse, thème issu du Nouveau Testament. Attribué à saint Jean l’Évangéliste, le terme signifie à l’origine « Révélation ». Depuis, par glissement de sens, le mot est devenu synonyme de catastrophe universelle, d’événement marquant l’histoire de l’humanité.

« Jean Lurçat, l’éclat du monde » met en scène en trois parties la genèse de l’iconographie de ce thème devenu populaire au Moyen Âge. Les prêts – peintures, ivoires, manuscrits – sont impressionnants et la présentation permet de suivre son évolution. Puis le visiteur peut voir la première version de L’Apocalypse par Lurçat : la tapisserie d’Assy (1947) ainsi que les cartons préparatoires pour cette œuvre spectaculaire qu’est le Chant du monde (1957-1966).
Cette tapisserie est née du choc ressenti par l’artiste en 1938 face à l’Apocalypse d’Angers. Il fallait toutefois un temps pour qu’il s’attaque à ce projet de vie, qui est resté inachevé.

À l’hôpital Saint-Jean
Au Musée Jean-Lurçat, le visiteur pénètre dans une salle à la lumière tamisée, aux murs occupés par les différents épisodes de cette histoire biblique, laissant toute la liberté à l’imaginaire. Puis il découvre l’œuvre de Claire Morgan, décrite dans le catalogue comme « une installation suspendue composée de fragments déchirés de plastiques noirs, qui forment une masse cuboïde, et d’animaux taxidermisés (renard, pigeon, canard, corbeau choucas, rat et papillons) ». De fait, l’univers de Morgan est hantée par les animaux morts, les premières victimes des changements climatiques en cours. On retrouve leurs empreintes sur des papiers, réalisées à partir de traces de sang mêlées aux produits de taxidermie et retravaillées par l’artiste. Pour cette dernière, il s’agit d’illustrer le monde de la consommation, où l’indifférence à la nature a rendu des zones entières inhabitables. « Mes œuvres nécessitent beaucoup de travail et dégagent une certaine fragilité à grande échelle, qui ne se transmet que par cette expérience directe », affirme Morgan.

Toutefois, face à cette vision de catastrophe écologique, on reste sur sa faim. Légère, flottante, cette installation est certes séduisante. Mais, d’une taille moyenne (200 x 800 x 100 cm), englobée dans l’opus magnum de Lurçat qui s’étend dans un espace immense, l’œuvre ne dégage pas de véritable puissance. Morgan, peut-on dire, invente l’apocalypse décorative.

Expositions

Jean Lurçat, l’Éclat du monde, jusqu’au 6 novembre, Musée des beaux-arts, 14, rue du Musée, tél. 02 41 05 38 72

Claire Morgan, Musée Jean-Lurçat et de la tapisserie contemporaine, 4, bd Arago, 49100 Angers, tél. 02 41 24 18 45 ; jusqu’au 6 novembre, www.musees.angers.fr, tlj 10h-18h, entrée 6 € pour les deux musées. Catalogue pour l’ensemble des manifestations : coéd. Ville d’Angers/Somogy, 2016, français/anglais, 168 p., 100 illustrations, 39 €.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°462 du 2 septembre 2016, avec le titre suivant : Trois visions de l’Apocalypse

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