Art non occidental

Setouchi (Japon)

Triennale de Setouchi : authentique et multipolaire

Îles de la mer de Seto - Jusqu’au 4 novembre 2019

Par Martine Robert · L'ŒIL

Le 27 juin 2019 - 338 mots

Dans le paysage mondial très riche en festivals d’art, la Triennale de Setouchi qui se déploie depuis le 26 avril jusqu’au 4 novembre dans douze îles et deux ports (Takamatsu et Uno) de la mer intérieure de Seto au Japon, occupe une place à part.

Imaginée en 2010 par le commissaire d’expositions Fram Kitagawa, par l’ancien gouverneur de la préfecture de Kagawa, Takeki Manabe, et par le collectionneur Soichiro Fukutake (qui a fait de Naoshima et Teshima des îles repérées par de nombreux amateurs d’art grâce à leurs musées signés respectivement par Tadao Ando et par l’agence Sanaa), cet événement est d’abord tourné vers la population locale. Car ces îles sublimes avec leurs ports charmants, leurs plages sauvages, leurs rizières en terrasses, leurs maisons traditionnelles, se dépeuplaient, délaissées par la globalisation, souillées par les déchets de l’industrialisation voisine. Au fil des quatre éditions de cette Triennale, les centaines d’artistes internationaux (Christian Boltanski, Anri Sala, Lee Ufan, Léandro Erlich….) et japonais conviés ont redonné leur fierté aux habitants et fait découvrir aux jeunes ces terres délaissées. L’art proposé ici est souvent ludique, interactif, participatif et vise un très large public. Décliné sur trois saisons (printemps, été, automne), il s’inspire de la nature environnante, du vent, de la mer, des mythes, de l’histoire, des traditions ancestrales. Et irrigue les endroits les plus divers, maisons privées, écoles, hôpitaux, restaurants, plages, jusqu’au sanatorium de l’île d’Oshima où l’on cantonnait les lépreux, qui accueille lui aussi créateurs et visiteurs pour la plus grande joie des patients. Personne n’est oublié. Setouchi, c’est l’anti bling-bling, l’anti biennale réservée aux VIP, le droit à l’art pour tous. C’est une plongée dans un Japon rural, authentique, méconnu. Grâce à la Triennale, certaines îles se repeuplent, des guest houses et des restaurants valorisant l’art de vivre et la culture culinaire de ces territoires ouvrent, et même des galeries, telle celle dédiée à Georges Rousse sur l’île de Shodoshima pour garder la mémoire de ses interventions éphémères dans l’espace. Plus qu’un voyage dépaysant, Setouchi est une expérience. Extrêmement rafraîchissante.

« Triennale de Setouchi 2019 »,

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°725 du 1 juillet 2019, avec le titre suivant : Triennale de Setouchi : authentique et multipolaire

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