Art moderne

Caen (14)

Travailleurs, travailleuses !

Musée des beaux-arts - Jusqu’au 22 novembre 2020

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 23 septembre 2020 - 324 mots

CAEN

Le règne de la peinture d’histoire s’achève donc avec la fin du XIXe siècle. Depuis Courbet, Manet ou Corot, les artistes ouvrent leurs yeux sur le monde, ses paysages, ses gares, ses scènes de la vie quotidienne…

Tandis que les impressionnistes passent maîtres dans le paysage et dans le portrait du bonheur familial bourgeois, l’émergence du naturalisme dans les années 1870, portée en littérature par Zola, ouvre, elle, une nouvelle voie en peinture : la représentation du monde du travail, des ouvriers, des paysans, des chiffonniers, etc. C’est le sujet choisi par le Musée des beaux-arts de Caen pour son exposition labellisée par le festival Normandie impressionniste : « Les villes ardentes : art, travail, révolte, 1870-1914 ». Découpé en huit chapitres pour près de 150 œuvres, l’accrochage d’Emmanuelle Delapierre (directrice du musée) et de Bertrand Tillier (spécialiste de la période) aborde le sujet par catégories : les nouveaux paysages industriels, les chantiers dans les villes, les sorties d’usines et de mines, le labeur des femmes, le chômage… Premier constat : si les artistes ont trouvé dans ce thème de nouveaux sujets « pittoresques » – les cheminées des usines chez Pissarro ou Guillaumin –, nombre d’entre eux ont témoigné de l’empathie à l’égard des travailleurs et des luttes sociales, à l’instar de Steinlen et Adler. Autre constat : ces sujets ont intéressé tous les artistes, indépendamment des courants esthétiques en vogue à la fin du XIXe, le naturalisme et le néo-impressionnisme bien sûr, mais aussi l’impressionnisme lui-même. À côté de noms plus connus (Degas, Sérusier, Matisse…), l’exposition redécouvre des artistes aujourd’hui disparus des radars, notamment des femmes. C’est le cas de Marie Petiet, dont les Repasseuses ont le hiératisme des personnages de Balthus. C’est le cas aussi de Léonie Humbert-Vignot, dont le Un jour de grève est une allégorie du martyre ouvrier. Ce puissant triptyque nous ferait croire, pour un peu, qu’elle s’était finalement nichée là la peinture d’histoire, dans la dure réalité du monde du travail.

« Les villes ardentes : art, travail, révolte, 1870-1914 »,
Musée des beaux-arts, château de Caen (14), mba.caen.fr

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°737 du 1 octobre 2020, avec le titre suivant : Travailleurs, travailleuses !

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