Mercredi 12 décembre 2018

Marseille (13)

Traduire : interpréter, comprendre, transformer, dominer, trahir

Mucem jusqu’au 20 mars 2017

Par Colin Cyvoct · L'ŒIL

Le 16 janvier 2017 - 354 mots

Voici une exposition qui met à mal bien des idées reçues. Qu’est-ce que traduire ? Comment traduire ? Quelles sont les implications culturelles et politiques inhérentes à toute traduction ?

La commissaire de l’exposition, Barbara Cassin, philologue et philosophe spécialiste de la philosophie grecque, propose une approche en trois séquences. La première, « Babel, malédiction ou chance ? », aborde la question de la multiplicité des langues. La seconde, « Les flux et les hommes », plus scientifique, apporte des éclairages variés sur l’histoire de la traduction et ses parcours géographiques depuis l’Antiquité. La dernière, « La résistance des langues : traduisibles/intraduisibles », interroge l’idée même de traduction, ses limites et ses évolutions. Aucune traduction ne saurait être innocente puisque toutes jouent sur des équivoques linguistiques. Ne lit-on pas dans la Genèse qu’Ève est née de la « côte » d’Adam ? Le mot hébreu tzela, ici traduit par « côte », est partout ailleurs dans la Bible traduit par « côté ». « Au chapitre II, Adam est plongé dans la torpeur, et Dieu crée “à son côté” cet être qui va devenir femme, un sujet à côté d’un sujet, non un objet partiel et parcellaire », note Barbara Cassin. L’arbre de la connaissance du Bien et du Mal est-il bien un pommier ? Le mot pomme n’apparaît nulle part dans le texte biblique en hébreux. En latin, malum avec un a court signifie « mal », avec un a long, « pommier ». Un malentendu issu de la traduction vers le latin a fait de cet arbre non déterminé dans la Genèse un pommier ! Ces deux exemples parmi tant d’autres éclairent la capacité des traductions à construire d’autres regards et d’autres réels. De nombreuses œuvres et documents, telle cette minuscule tablette d’argile datant du XIVe siècle av. J.-C. dite « Lettre d’Amarna », découverte en Moyenne-Égypte et rédigée en akkadien, la « langue diplomatique » de l’époque, ponctuent le parcours. Un catalogue, indispensable si on veut bien appréhender les interrogations et réflexions parfois surprenantes sur la diversité des langues comme autant de représentations particulières du monde, accompagne cette exposition hautement didactique.

« Après Babel, traduire »

Mucem, Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, 201, quai du Port, Marseille (13), www.mucem.org

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°698 du 1 février 2017, avec le titre suivant : Traduire : interpréter, comprendre, transformer, dominer, trahir

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