Dimanche 25 février 2018

Topor ou l’art d’aller trop loin

L'ŒIL

Le 15 octobre 2007

Roland Topor (1938-1997) aura laissé le souvenir d’un « touche-à-tout » supérieurement doué, capable d’aborder tous les domaines sans jamais perdre sa singularité. Il a marqué son époque de tant de façons qu’il est devenu incontournable. Qui ne se souvient d’au moins une de ses créations, qu’il s’agisse de ses dessins satiriques pour Hara-Kiri ou pour Libération, de ses illustrations de livres (Grimm, Perrault, Collodi, Marcel Aymé…), de ses textes, ses décors pour le théâtre ou l’opéra (Le Grand Macabre de Ligeti en 1979), ses mises en scène (Ubu Rex, 1991), ses affiches (Le Tambour de Volker Schlöndorff en 1978), ses émissions de télévision (Téléchat en 1983), les films d’animation qu’il a dessinés (Les Temps morts, Les Escargots et surtout La Planète sauvage de René Laloux) ou encore de son apparition, plus effrayante que comique, dans le Nosferatu de Werner Herzog (1977) ? Qui n’a entendu parler du groupe Panique, fondé en 1962 avec Arrabal, Jodorowsky et Sternberg ? « Panique » est en quelque sorte le slogan de Topor, son cri de guerre amoral et cynique : « La cause est simple. Me faire valoir. Le plus possible : valeur argent, valeur morale, valeur culturelle. Toutes les sinistres saloperies de valeurs inventées par un tas de cochons immondes. Des valeurs bien gardées par un tas de raclures policières. Le combat est rude. Mon arme ? Un mot. Le... Panique. » Cette, ou ce, panique, est porté au cœur de la morale et du bon goût, à travers notamment l’exaltation de l’absurde et de la cruauté. Topor, écrit Jacques Sternberg, « recréait entièrement le catalogue de la cruauté… [il] nous apprend qu’il n’y a pas de frontières dans l’art d’aller trop loin ». Cet art, les dessins de Topor le manifestent à merveille : en accentuant la sexualité, le sadisme, l’analité, en recourant au non-sens, aux associations visuelles qui instaurent une logique de l’absurde et ruinent l’ordre rationnel du monde. Dans un style graphique sage qui rappelle certains illustrateurs du XIXe siècle, les images de Topor peuvent avoir une redoutable puissance de percussion et de déflagration. Cette part essentielle de son œuvre est ici illustrée par quelque deux cents feuilles?

« Topor, dessins Paniques », STRASBOURG (67), musée d’Art moderne et contemporain, 1 place Jean Arp, tél. 03 88 23 31 31, 18 juin-5 septembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°560 du 1 juillet 2004, avec le titre suivant : Topor ou l’art d’aller trop loin

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