Mercredi 19 décembre 2018

XVIIIe siècle

Tessin, un Suédois épris de Paris

Le Journal des Arts

Le 22 novembre 2016 - 687 mots

La collection Tessin, fleuron des collections nationales suédoises, revient à Paris pour la première fois depuis le XVIIIe siècle. L’occasion d’admirer des chefs-d’œuvre et de s’immerger dans le goût parisien des Lumières.

Paris - Entre avril et mai 1741 se tient à Paris l’exceptionnelle vente de la collection de Pierre Crozat. Dix-neuf mille dessins sont dispersés en lot, un événement fondateur de l’histoire des collections européennes d’art graphique. Parmi les principaux acquéreurs, un Suédois oublié de l’historiographie française : le comte Carl Gustav Tessin (1695-1770) achète près de 2 000 dessins grâce à sa proximité avec le marchand d’art Pierre Jean Mariette.

À cette date, cet ambassadeur de Suède est un des collectionneurs les plus actifs de la place parisienne, capable de se faire une place parmi les quatorze acquéreurs admis à la vente Crozat. Ses commandes à Jean-Baptiste Oudry, Charles-Joseph Natoire et François Boucher attestent également de son goût pour la peinture française. Il dépense sans compter, tant et si bien qu’à son retour de Paris dans les années 1750, il se voit contraint de vendre la majorité de sa collection à la famille royale de Suède. « Assurément une chance » selon Xavier Salmon, directeur du département des Arts graphiques au Louvre, co-commissaire de l’exposition que le Louvre consacre cet automne à cet amateur éclairé. Une chance, car les œuvres réunies dans le parcours ont été précieusement préservées depuis à Stockholm, sans être dispersées. « La majorité des peintures conservent leurs cadres d’époque, choisis par Tessin, parfois sur les conseils de François Boucher, dont il était un ami intime », explique Guillaume Faroult, conservateur en chef au département des Peintures, également commissaire de l’exposition.

Le Nationalmuseum de Stockholm, actuellement en travaux, a accepté de prêter le noyau de la collection Tessin au Louvre. Dessins, cadres anciens et toiles sur châssis d’origine compris, « une très grande générosité » que saluent à l’unisson les trois commissaires français de l’exposition.

Les plus illustres artistes français

De fait le parcours chronologique voit défiler de vrais morceaux d’exception, au fur et à mesure des acquisitions du Tessin. Arrivé en 1728 à Paris pour servir d’ambassadeur au Roi de Suède pour un an, il décide de promouvoir le mécénat suédois sur la scène internationale en passant commandes aux étoiles montantes de l’art français : Antoine Coypel et François Lemoyne, Nicolas Lancret et Jean-Baptiste Pater. Scènes galantes et figures mythologiques gracieuses se succèdent, donnant le ton d’un goût léger et charmant qui va faire le succès des jeunes artistes, par lesquels le diplomate passe souvent directement. Alors accaparés par les commandes royales, les artistes répondent avec diligence, signe de l’importance du Suédois.

Mais c’est lors de son deuxième séjour à Paris, entre 1739 et 1742, que la collection du Tessin s’enrichit de manière exponentielle. Le parcours de l’exposition se fait alors dense, les couleurs poudrées de la scénographie se parent d’accents gustaviens et mettent en valeur l’incroyable finesse des cadres anciens. Présentée au Salon de 1740, La Naissance de Vénus par Boucher, toile d’exception, est sans doute le résultat d’un dialogue entre l’artiste et le commanditaire. « Pour la première fois depuis 1740, La naissance de Vénus revient sur les cimaises du Louvre », ajoute avec satisfaction Xavier Salmon. À Oudry, Tessin passe commande d’un magistral portrait de son chien, malicieusement placé à côté de son portrait en lettré par Aved, exposé lui aussi au Salon de 1740.
La séquence consacrée à la Vente Crozat est un autre moment fort de l’exposition : Tessin, dans une visée universaliste, choisit un corpus le plus large possible, des Primitifs italiens de la Collection Vasari avec une exceptionnelle Tête de vieil homme de Ghirlandaio montée par Vasari lui-même, à une Tentation de saint Antoine de Callot (1636) en passant par un magnifique portrait de femme de Dürer. Rembrandt, Van Dyck, Rubens, Goltzius, entrent dans la collection de Tessin, puis dans les collections royales de Suède. Réunie pour la première fois à Paris, cette collection émerveille par sa qualité.

Un Suédois à Paris

Commissariat : Magnus Olausson et Carina Fryklund, Nationalmuseum de Stokholm, Xavier Salmon, Guillaume Faroult et Juliette Trey, Musée du Louvre.
Nombre d’œuvres : 130

Un Suédois à Paris au XVIIIe siècle

La collection Tessin, jusqu’au 17 janvier, Musée du Louvre, 75001 Paris, tous les jours sauf mardi, 9h-18h, mercredi et vendredi jusqu’à 22h, entrée 15 €. Catalogue coédition Musée du Louvre/Liénart, 256 p., 35 €

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°468 du 25 novembre 2016, avec le titre suivant : Tessin, un Suédois épris de Paris

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