Mercredi 24 octobre 2018

Taillé et marqueté à la Hache

L’ascension d’une dynastie vue par un musée de société

Le Journal des Arts

Le 21 novembre 1997 - 454 mots

Ébénistes à Grenoble au XVIIIe siècle, Thomas, Pierre, Jean-François et Christophe-André Hache connaissent de leur vivant notoriété et succès. La rétrospective inventive du Musée dauphinois donne du crédit à leur réputation d’originalité et de finesse d’exécution.

Grenoble (de notre correspondant). “Hache à Grenoble” relate l’ascension de Thomas Hache , simple artisan venu s’installer à Grenoble à la fin du XVIIe siècle, à l’origine d’une dynastie d’ébénistes dont les meubles sont aujourd’hui encore très recherchés. Son fils Pierre et ses petits-fils, Jean-François et Christophe-André seront, eux, ensembliers et capables de meubler et d’aménager tout l’intérieur d’une maison, des boiseries au coffret à bijoux. La mise en scène des étapes de cette ascension s’appuie sur un décor planté avec trois commodes qui illustrent chacune le travail des trois générations Hache. Elles trônent sur les initiales de Thomas et Pierre, Jean-François et Christophe-André Hache. Aux premiers, revient l’invention d’une forme qui sera déclinée tout au long du siècle, aux seconds la mise au point d’un travail de marqueterie fine et son intense commercialisation. La suite de l’exposition fait une large place aux meubles d’apparat, commodes et secrétaires marquetés, sans négliger d’apporter des informations sur les évolutions stylistiques et les bois utilisés, le plus souvent des essences locales.

Aucun descendant
L’influence de l’ébéniste parisien Jean-François Œben sur Jean-François Hache explique le succès de l’atelier : les frères Hache ont été attentifs au goût du jour et n’ont pas hésité, à la fin du XVIIIe siècle, à renier les formes galbées et souples qui constituaient leur marque de fabrique pour construire des meubles “à la grecque”, aux lignes aussi puissantes que rigides. Mais de mauvais placements financiers et l’avènement de la Révolution auront raison de cette dynastie, qui disparaîtra, faute de descendants, à l’orée du XIXe siècle. L’essai de mise en situation des meubles, dans la troisième partie de l’exposition, excite la curiosité par le procédé scénographique mais concède peu au plaisir de l’œil : les meubles sont visibles à travers des meurtrières, dans des espaces exigus et peu éclairés. Il est vrai que reconstituer les salons bourgeois et aristocratiques, l’hôpital, les églises, le Parlement ou encore le Tribunal ou l’Intendance du Dauphiné, qui tous se meublèrent chez Hache, était probablement une gageure. Seule vraie faiblesse, due apparemment à l’absence de documents d’archives : ni le processus de fabrication et la répartition des tâches entre le maître ébéniste et ses ouvriers, ni le rôle des commanditaires ne sont mentionnés, précisions que l’on attendait dans un musée de société s’aventurant sur le terrain des arts décoratifs.

HACHE, EBENISTES A GRENOBLE , jusqu’à l’été 1998, Musée Dauphinois, 30 rue Maurice-Gignoux, Grenoble, tél. 04 76 85 19 01, tlj sauf mardi 10h-18h. Publication Hache, ébénistes à Grenoble, coédition Musée Dauphinois-Glénat, 315 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°48 du 21 novembre 1997, avec le titre suivant : Taillé et marqueté à la Hache

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