Suzanne Lafont

Le Journal des Arts

Le 5 février 2008

À l’occasion de son exposition personnelle à la galerie Anne de Villepoix, à Paris, Suzanne Lafont a répondu à nos questions.

Deux types de travaux photographiques semblent se partager l’espace de la galerie Anne de Villepoix, l’un représentant des images “statiques”, et l’autre des représentations “dynamiques”. Est-ce un choix délibéré ?
J’ai toujours travaillé à partir de l’antinomie et de la confrontation des contraires. La photographie est par définition statique, et ce qui m’intéresse dans ce médium, c’est paradoxalement le mouvement. Je repense par exemple à un artiste, Gordon Matta-Clark, qui disait : “rien n’est plus intéressant que d’observer une chose depuis son contraire”. Il observait le dynamisme du monde à partir du statisme de l’architecture. Moi, un peu de la même manière, j’observe le dynamisme à partir d’un outil statique. L’idée était donc d’opposer la série intitulée Voisins, où les personnages sont représentés derrière des fenêtres dans une posture figée, à deux autres ensembles qui reposent sur l’idée de mouvement : les Embarras sont des manipulations d’objets toujours mises en échec, que ce soit le journal trop grand qui a du mal à être déplié, la chaise longue qui ne peut pas s’ouvrir, ou la chute du vélo ; et les Épisodes, petites séquences qui énoncent des mots à partir d’une gestuelle.

Vous vous référez fréquemment à des sources littéraires ou philosophiques. Quel est le domaine de référence de la série Voisins ?
Mon travail joue sur des rhétoriques d’images. Il n’est pas naturaliste, il ne cherche pas une congruence avec le réel, et n’est pas de nature documentaire. Il joue sur des conventions de représentation. La convention de représentation pour cette série, c’est évidemment la peinture. La fenêtre est elle-même le dispositif de la peinture. Les personnages sont séparés par une sorte de châssis, ils sont inhibés et statiques et parfois même aveuglés par cette barre qui les défigure presque. C’est de l’ordre du tableau vivant. Il n’y a pas de temps dans l’image.

Le langage fait pour la première fois intrusion dans vos photographies. Pouvez-vous nous en parler ?
La série Voisins constitue la partie la plus ancienne de l’exposition. C’est un moment charnière. Je voulais faire des “images-mouvements” et je les ai complètement emprisonnées dans ce châssis. Il a fallu les libérer par le langage. Les images des Épisodes sont plus ludiques et joyeuses. Elles ont en plus un avantage : elles sont capables de parler. L’utilisation du langage dans mon travail est pour moi une découverte récente et forte. Le dispositif est le suivant : j’écris un mot sur une planche, et, comme dans un théâtre d’ombres, le personnage mime le mot indiqué. Je me suis très vite rendu compte de la précision du langage et de l’approximation du geste. J’ai exploité cela en réutilisant le même geste pour exprimer des mots différents.

Galerie Anne de Villepoix, 43 rue de Montmorency, 75003 Paris, tél. 01 42 78 32 24, jusqu’au 22 décembre. Suzanne Lafont expose également à la Galerie, rue Jean-Jaurès, 93130 Noisy-le-Sec, tél. 01 49 42 67 17, du 8 déc. au 9 février.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°138 du 7 décembre 2001, avec le titre suivant : Suzanne Lafont

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